Bernard Diomède

Le 1 décembre 2013, par Surface


Champion du monde en 1998 avec les Bleus d’Aimé Jacquet, Bernard Diomède a depuis quelque peu disparu des écrans, même s’il n’a pris sa retraite qu’en 2008. Une trajectoire qu’il assume pleinement et ne regrette pas. Surface est parti à la rencontre de l’ancien joueur d’Auxerre et de Liverpool, qui cherche aujourd’hui à « redonner au football ce que le football lui a apporté. »

Bernard Diomède n’a pas changé : même s’il n’a plus la forme de ses 20 ans, les dreadlocks sont toujours d’actualité et la convivialité est au rendez-vous. Consultant régulier pour plusieurs médias, l’ancien milieu de terrain se consacre aujourd’hui surtout à son association – L’Académie Bernard Diomède – dont le but est d’accompagner des jeunes passionnés de football dans un triple projet : sportif, éducatif et scolaire. C’est dans ses locaux qu’il nous reçoit, afin de revenir entre autres sur les succès et les échecs de sa carrière. Entretien.

Peut-on dire qu’il y a un avant et un après 1998, au niveau de votre carrière ?

Les gens le disent, je ne peux pas les en empêcher. À mon niveau, non, parce que pour moi c’est une continuité. Encore une fois, ce que je fais aujourd’hui, c’est grâce à mon parcours de carrière. Forcément, quand tu reviens en arrière, si après 98 je n’étais pas resté deux ans de plus à Auxerre, peut-être que j’aurais eu une autre carrière… Pendant dix ans, ça s’est super bien passé avec Guy Roux, mais en 1998, j’ai entamé un bras de fer qui a duré deux ans. Si c’était aujourd’hui, avec le mode de fonctionnement actuel des joueurs, des agents et des clubs, je serais parti. Mais à l’époque, non, je ne pouvais pas. Il y avait un choix de Guy Roux, qui m’a dit que je serai le leader de l’équipe à 24 ans. Ce n’était pas le mien, et je me suis retrouvé avec des jeunes du centre de formation avec qui j’avais gagné la Gambardella. Pour progresser, il fallait que je parte absolument. Donc forcément, s’il y a eu un tournant dans ma carrière, c’est ce passage-là.

Ressentez-vous un goût d’inachevé par rapport à cela ?

Non. J’ai de la frustration quand je vais à Liverpool, car je ne joue pas alors que je vois que je suis meilleur que certains joueurs. Les Anglais me disaient qu’ils ne comprenaient pas. Même Michael Owen – que je faisais marquer à l’entraînement – me posait cette question-là. Après, c’était l’un de ses copains qui jouait, donc forcément, il n’allait pas aller frapper à la porte de l’entraîneur pour demander à ce que je joue. En plus, quand tu as un coach français (Gérard Houllier, ndlr), tu te dis que c’est dommage qu’il ne te fasse pas jouer parce si tu es bon, tu dois jouer. Même lui reconnaissait que j’avais le même niveau que les titulaires. Mais à niveau égal, il choisissait un Anglais. Donc, j’ai de la frustration, mais pas de regrets. Ça ne sert à rien de vivre avec des regrets. J’aurais pu décider d’aller au bras de fer, comme j’ai fait avec Guy Roux, mais ce n’était plus ma philosophie. Et aujourd’hui, je peux tranquillement regarder les gens dans les yeux. La gêne n’est pas de mon côté, mais peut-être plus du leur. Je sais que j’aurais pu jouer. Il y a eu des choix, il faut les accepter. Quand tu pars d’Auxerre et que tu as presque tout gagné, tu veux aussi te confronter à la concurrence et te dire que tu peux y arriver. Ça a duré un peu trop (rires), mais cette période m’a construit.

Vous avez un discours avec beaucoup de recul, depuis très jeune d’ailleurs…

Je l’ai toujours eu. Lors de ma première interview, à l’âge de 14 ans, dans l’émission Une pêche d’enfer sur France 3, un journaliste me demande ce que je pense de Guy Roux. Je réponds que c’est un phénomène. Et pendant un an, il ne m’a plus parlé. Deux ans après, lorsque je signe mon contrat, Guy Roux dit à mes parents : « Votre fils est un phénomène. » Et je n’ai pas compris… C’est là qu’il m’a rappelé qu’il fallait toujours faire attention aux journalistes, car ils venaient pour chercher la petite bête. Alors que pour moi le mot phénomène n’était pas du tout péjoratif. Mais lui l’a pris de cette façon… Depuis ce jour-là, j’ai toujours fait attention dans ma communication, tout en restant moi-même et en ne cherchant pas à faire de la langue de bois. Il vaut mieux que ce soit toi qui parles que les autres. J’ai toujours respecté les journalistes, mais je n’ai jamais été au-delà comme certains ont pu le faire. On me l’a reproché, mais ce n’est pas ma vision des choses. Ce qui était le plus important, c’était le terrain. Quand à 14 ans, tu vis ces choses-là, tu relativises par la suite et prends plus facilement du recul.

À l’annonce de votre retraite, vous répondez favorablement à une interview de France Football, qui ne « parle que du négatif de votre carrière » selon vous. Que s’est-il réellement passé ?

Je me rappelle très bien de cette interview. La seule chose qui m’a peut-être dérangé, c’était une question qui avait été posée à Stéphane Guivarc’h. Le journaliste lui demandait si j’avais fait le bon choix de rester à Auxerre. J’avais trouvé dommage que Stéphane réponde, parce qu’il connaissait tout mon historique. Il savait aussi comment ça se passait quand tu voulais quitter Auxerre et que Guy Roux ne le souhaitait pas. J’étais revenu  justement sur ce passage-là, ce que je ne fais pas d’habitude. Parce que je me suis dit que c’était sûrement le dernier article de ma carrière, même si je ne voulais pas forcément le faire. Et l’angle d’attaque a été de dire : « Bernard Diomède, l’avant et un après : il a loupé sa carrière. » Tu peux le penser, mais c’est dommage qu’on n’ait pas retranscrit ma vision des choses. Je n’étais ni déprimé, ni négatif et le journaliste aurait du le faire sentir. C’est ce dont je me plaignais. Et à Stéphane, je lui reprochais d’avoir plus protégé Guy Roux que moi (rires), et de ne pas avoir dévoilé la réalité.

Vous faites partie des footballeurs qui ont eu conscience de la réalité de la vie après la fin d’une carrière. Selon vous, trop peu de joueurs sont sensibles à cette réalité ?

Chez les anciens, je pense que non. On en parle parfois avec certains, notamment ceux de France 98. Et quelques uns n’ont pas anticipé, même s’ils n’en avaient pas vraiment besoin. Il y a plein de joueurs à qui il arrive des choses. Pendant ta carrière, tu as toujours le foot qui te fait relativiser et tu es concentré dessus. Mais quand ça s’arrête, tu vis les choses de plein fouet. Je pense que tout le monde a le recul. Chacun l’exprime à sa manière, et quand on se voit entre nous, anciens joueurs, on voit bien ceux qui sont nostalgiques et ceux qui ne le sont pas. J’en connais certains qui ont réussi leur reconversion. Vu de l’extérieur, tout va bien pour eux, mais le foot leur manque cruellement. Et pas seulement les crampons, mais aussi les médias et la lumière. Quand toute votre vie, vous étiez sous les projecteurs, ce n’est pas évident quand ça s’arrête. Mais quand vous avez mis des distances et fait en sorte de vous éloigner de la lumière, vous le vivez différemment.

L’AJ Auxerre ne connaît actuellement pas sa meilleure période. Quel regard portez-vous sur les événements récents ?

C’est dommage. Les fameux historiques et Guy Roux n’ont pas su léguer le bébé, ils n’ont pas voulu le lâcher. Ce que je peux comprendre. J’en parlais récemment avec  lui, de l’académie aussi, et je lui disais que mon idée était de parvenir à déléguer et que je puisse me retirer en laissant une structure qui fonctionne comme si j’étais là. Ça, lui ne l’a pas compris (rires). Je lui ai dit : « Mais coach, c’est important ! ». Et il m’a répondu : « Mais non, si tu n’es pas là, ce n’est pas pareil. » Je le sais bien, mais le but c’est d’y arriver. Et j’avais envie de lui dire qu’il aurait peut-être dû le faire ! On en parle entre nous encore. Auxerre n’a pas su faire cette transition qui est nécessaire. Aujourd’hui, ça repart sur un nouveau cycle – et là, apparemment, on veut faire du neuf avec du neuf. Les locaux ont du mal à l’accepter, mais j’espère que ça va marcher avec la nouvelle équipe dirigeante. Auxerre le mérite, surtout pour les supporters.

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