Thierry Roland

Le 2 mai 2009, par Surface


Commentateur mythique aux expressions rodées devenues célèbres, Thierry Roland est toujours au service du football, après plus de 50 ans de carrière. Anecdotes en pagaille, souvenirs mémorables et phrases légendaires. Rencontre avec ce monument incontournable du paysage footballistique.

Par rapport à vos débuts, comment jugez-vous l’évolution de votre métier ? Au début, il n’y avait pas trop de consultants. Le premier consultant de l’histoire, c’était Pierre Albaladejo avec Couderc. Ça a été la première famille de consultant de l’histoire. Le premier duo. Après il y a eu hervé duthu et jean Paul Loth pour le tennis. Au début des années 60, j’ai commenté pendant une dizaine d’années avec Bernard Père. Ça se passait bien jusqu’au jour où Dominique Chapatte, qui était le patron mais qui s’occupait aussi du vélo, a été abordé par un directeur de RTL qui s’appelait raymond Castans. Ce dernier lui a expliqué qu’il y avait un mec au PSG qui était très bon, et qui s’appelait Jean-Michel Larqué. Il était entraîneur-joueur à l’époque, mais il n’est pas resté longtemps. Heureusement d’ailleurs, parce que sinon Jean-Michel serait mort à l’heure qu’il est, avec tout le stress qui domine ce métier. Chapatte a accepté. Le premier match qu’on a fait ensemble c’était la coupe UEFA avec M’gladbach - Saint-Étienne. Les Allemands avaient gagné 4-1 ce jour-là, ça commençait mal. Le binôme fonctionnait, on ne se chevauchait pas trop. j’alternais donc entre Bernard Père et Jean-Michel Larqué. Un jour, Antenne 2 me dit que c’était mieux avec Jean-Michel, qui est d’ailleurs, à ma connaissance, le premier joueur de foot à devenir consultant. Je me suis donc tout de suite « fâché » avec Bernard Père, puisqu’il avait très mal pris tout ça. II aurait voulu que je le propose, que je dise que je voulais rester avec lui. Mais je ne pouvais pas, c’était un ordre. On est finalement resté 26 ans ensemble avec Jean-Michel. Aujourd’hui je dois en être à environ 1500 matches.

Tout le monde se souvient de l’intervention mythique, à propos de l’arbitre M. Foote. Pouvez-vous nous en parler ? Ce qui est étonnant, c’est que c’était en 1977 et, aujourd’hui, on en parle encore. C’était Francebulgarie, premier match qualificatif pour la Coupe du Monde 1978 en Argentine, à sofia. À l’époque, l’équipe de France c’était un jour oui, et 4 jours non. Ce jour-là, c’était le jour oui. Ils étaient dans un bon jour, le ballon circulait bien, ils marquaient un but, puis deux. il y avait donc 2-0 pour la France. Puis la bulgarie réduisait l’écart. Ça faisait 2-1 pour la France à la mi-temps. jusqu’ici tout allait bien. L’arbitrage était correct. et là, la deuxième mi-temps arrive, et M.Foote, l’arbitre écossais de la rencontre, perd complètement les pédales. Déjà il oublie de siffler un penalty sur Platini où le gardien lui avait fait un plaquage de rugby. Après il accorde le but égalisateur à la bulgarie, alors que les deux bulgares étaient hors-jeu de 3m50. C’était le désert de Gobi. Et à la fin, 88ème minute, l’attaquant bulgare s’écroule dans la surface, alors que le premier Français était à 5m de l’action. L’arbitre montre alors le point de penalty. Là j’ai complètement pété les plombs, et je cherchais un mot qui pouvait qualifier mon sentiment. C’est alors que j’ai lancé : « M. Foote je n’ai pas peur de vous le dire, vous êtes un salaud. »

Quel est votre regard sur l’évolution de l’arbitrage ? Que faudrait-il faire pour les aider ?

il faut déjà que la vidéo soit mise en place, ça me paraît inéluctable. Mais je  pense qu’en France, on traverse actuellement une période où on n’a pas  d’arbitres de talent. à l’époque, on avait de bons arbitres, qui faisaient tous 1m80 et qui en imposaient, qui avaient une prestance. Aujourd’hui c’est  moins le cas. La vidéo serait très utile pour les actions dans les 16m50. rien que pour les buts. Quand tu vois en 2006 pour la Coupe du Monde, France- Corée quand viera pousse la balle dans le but et qu’il n’est pas validé… C’est  quand même la Coupe du Monde, ce n’est pas n’importe quel tournoi. Mais  les instances ne sont pas d’accord. Platini pense que le football est une  affaire d’hommes, qu’il est dirigé par des hommes, et que l’homme est  faillible, qu’il peut se tromper. Michel Platini pense que ça fait partie du jeu.  C’est une façon de voir les choses. Mais il y a tellement d’importance dans les grandes compétitions de football, tellement d’argent en jeu. Lui, il estime qu’il y en a peut-être un peu trop.

Dans toute votre longue carrière, quel est votre plus grand moment d’émotion ? La demi-finale de Séville. Ce match restera triplement dans l’histoire. d’abord parce que c’est la première fois qu’une demi-finale de Coupe du Monde se jouait aux penaltys. Ensuite, parce que quand une équipe mène 3-1 à 16 minutes de la fin de la prolongation, elle ne peut pas perdre. En plus si la France était arrivée en finale contre l’Italie, je suis intimement persuadé qu’elle aurait gagné en partie parce que Platini était le meilleur joueur du Calcio. L’arbitre de touche a été limite. Sur l’action Schumacher-Batiston, l’arbitre suit la course du ballon. Ça je peux comprendre. Mais son assistant, il est en face, il voit le choc. Aujourd’hui sur le même genre d’actions, il va siffler penalty et va exclure le gardien. Après ce match, Jean-Michel Larqué et moi sommes restés prostré dans nos sièges pendant une demi-heure. en allant vers les vestiaires, on croise Lino Ventura qui est un féru de sport.  Il avait les larmes qui coulaient. Il ne nous a rien dit, juste « ce n’est pas  possible. » Après on a vu les joueurs, et on pouvait voir, sous les ray ban, la trace des larmes. Et ça, ça fait quelque chose.

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