Calcio Storico Fiorentino

Le 3 octobre 2016, par Enzo Wattinne


« C’est trop petit pour qu’on l’appelle la guerre et trop cruel pour être un jeu. » Au lendemain de son instauration, Henri III avait parfaitement résumé le Calcio Storico Fiorentino. Coincé entre tradition et violence, ce sport grand oncle du football revêt une importance capitale pour le peule florentin.

Quatre quartiers, quatre lieux saints, quatre équipes. Chaque année, depuis le Moyen Âge, le Torneo dei Quattro Quartieri est l’autel d’un affrontement fratricide entre les combattants Bianchi de Santo Spirito, Rossi de Santa Maria Novella, Azzurri de Santa Croce et Verdi de San Giovanni. Un tournoi devenu aujourd’hui le symbole de la culture toscane, pendant lequel les Florentins suivent la trace laissée par l’illustre noblesse locale, sur les pas des papes Clément VII, Léon XI ou Urbain VII. Reportage en terre sainte où la gloire des basiliques se défend au prix des poings.

Alessandro Pavolini, journaliste bourgeois fidèle de Mussolini, relance, en 1930, une tradition marquée par des décennies de confidentialité. Celui qui deviendra ministre de la Culture populaire entre 1939 et 1943, puis secrétaire du Parti Fasciste Républicain, organise alors une compétition officielle pour commémorer le match qui, 400 ans plus tôt, avait eu lieu lors du siège de Florence. À l’époque, les Florentins avaient montré leur indifférence face aux armées du pape Clément VII et de l’empereur Charles Quint, qui souhaitaient voir les Médicis rétablis dans leurs droits au sein de la capitale toscane. Désormais il s’agit de l’événement annuel le plus important de la ville, célébrant l’esprit moderne du football ancien. Pour le profane, le Calcio Storico est un mélange de lutte, de rugby et de football, disputé au mois de juin lors du carnaval de Florence et dont les rencontres peuvent se transformer en véritable pugilat. En 1580, Giovanni Bardi, auteur et écrivain, rédige les 33 articles qui vont régir le jeu pour les siècles à venir.

Aujourd’hui encore, il est le socle du Calcio Storico « moderne ». Malgré son nom significatif (Calcio), seules l’utilisation d’un ballon de football classique et la ferveur du public sont communes au football pratiqué dans nos contrées. Sa codification aurait toutefois servi de base aux universités anglaises lors de l’écriture du premier règlement du football. Il est donc considéré par certains comme l’ancêtre du sport le plus populaire au monde.

Jeudi 23 juin, veille de la Saint-Jean. En ce début de soirée le thermomètre indique encore 27 degrés, les Florentins profitent calmement des terrasses de la ville. Difficile d’imaginer que le lendemain, à quelques encablures de la piazza del Duomo, se déroulera la finale de l’un des sports les plus violents. Au détour d’une rue un rassemblement d’hommes tatoués à la dégaine significative, portant des t-shirts blancs à la gloire de Santo Spirito, supportent fièrement leur quartier jusque sur leur peau. Qualifiés pour la finale après leur victoire face aux Verdi de San Giovanni, les Bianchi affronteront les Azzurri de Santa Croce, déclarés favoris par la presse locale et les tifosi. (...)

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