RETOUR SUR LE DOCUMENTAIRE FRANCE 2018

Le 5 septembre 2018, par Alex Paul Demetrius


France 98 avait eu son documentaire culte, France 2018 aura aussi le sien avec Les Bleus, au coeur de l'épopée Russe, un film désormais disponible en DVD & Blu Ray, et qui retrace le parcours des bleus du début jusqu'à la fin, avec le dénouement que l'on connaît

À autre époque, autre documentaire, comme nous l'explique Théo Schuster et Emmanuel Le Ber, qui ont été, en quelque sorte, les deux « joueurs » sélectionnés supplémentaires de l'Equipe de France. Confinés avec les bleus à Istra, les deux réalisateurs ont partagés le quotidien de l'Equipe de France, des causeries en passant par les repas, les déplacements en bus ou le retour en France. À froid, ils reviennent sur leur documentaire et se replongent avec délectation dans cette épopée Russe.

Lors de la gestation de votre documentaire les « yeux dans les bleus » était présent dans vos têtes ?

Théo  Schuster : On a vu comme tout le monde « Les yeux dans les Bleus » et l'on est des amoureux de ce documentaire. Lorsque j'ai démarré à Canal + il y avait Stéphane Meunier, donc je l'ai vu faire ce doc, et on a pas mal échangé autour de ça. C'est une référence. On s'en est peut-être inspiré inconsciemment, mais aujourd'hui on est en 2018, et les Yeux dans les bleus, j'ai envie de dire qu'on ne peut plus refaire un documentaire comme celui-là. Donc nous, on a pas voulu refaire les Yeux dans les Bleus. On a essayé de faire notre documentaire, écrit par Emmanuel, avec quelques principes intéressants. On a notamment pas mal travaillé avec le compositeur Pierre Avia pour donner une vraie couleur à ce documentaire.

Emmanuel Le Ber : L'un des deux producteurs de ce doc est très branché Netflix, du coup on s'est retrouvé à envisager un 4x30, des épisodes avec des personnages, une certaine dramaturgie facilité par le sport et la chronologie d'une Coupe du Monde. On a voulu faire des personnages haut en couleurs, des héros, mais accessibles et parfois ordinaires, afin de créer du lien avec les gens. C'est un feel good movie. Il est forcément le marqueur d'une époque, car nous vivons dans une société de la communication à outrance, avec du politiquement correct, des choses assez lisses. C'est une co-production avec la fédération Française de football, donc nous, on allait pas courir après un mec qui fumait une clope ou qui disait un gros mot. Nous on a cherché à faire une fable, un conte moderne, raconter une aventure sportive et humaine. C'est en 2018, c'est l'Equipe de France, mais cela pourrait être n'importe quelle équipe à n'importe quelle époque.

Dans quel état d'esprit on est quand on démarre une aventure comme celle-là dont on ne connaît pas l'issue ?

Emmanuel Le Ber : Il y avait une certaine condition fixée par Didier Deschamps dès le départ.

Théo Schuster  : Oui, on l' a vu lors d'un rendez-vous qui a duré deux heures. Il nous a testé, scanné, pour savoir si il pouvait nous amener avec lui ou pas dans son groupe, car mine de rien, il est restreint (23 joueurs, une douzaine de personnes du staff). Il a voulu nous sentir, nous regarder, voir si on pouvait faire l'affaire, puis il nous a posé cette condition « je suis ok, éventuellement pour faire un film, mais on le passera que si l'Equipe de France va en finale ». C'était donc très claire dès le début. Du coup, cela nous a mis dans une position où nous étions nous aussi intéressés par l'enjeux. On se mettait un peu à la place des gens du staff, on tremblait avec eux. Quand il y a eu le deuxième but Argentin par exemple, on était vraiment pas bien, car on savait que potentiellement, notre film, il était mort. Cela faisait 1 mois qu'on bossait dessus et il pouvait s'arrêter tout de suite.

Selon vous, quelle a été la différence majeure entre la génération 98 et 2018 ?

Emmanuel Le Ber  : Ils sont beaucoup plus rodés à la communication. Ils manient les réseaux sociaux avec dextérité. Ils sont, malgré tout, assez matures, même si ils gardent leur âme enfantine.

Théo Schuster : Je pense que cette génération est plus jeune. Ils sont un peu foufou. Je pense qu'ils ont même été un petit peu plus soudé que France 98, même si je n'étais pas au coeur de cette équipe. Dans le groupe de 2018, il n'y a pas du tout de clans, et ça, je pense que c'est l'une des clés de la réussite de Deschamps. En fait les joueurs de 98, ont pris de l'épaisseur après avoir gagné la Coupe du Monde. Les joueurs de 2018, prendront eux aussi de l'épaisseur au fil du temps. On pourra alors vraiment comparer les deux générations. Pour revenir aux yeux dans les bleus, il vieillit super bien, parce que les joueurs aussi. J'ai le sentiment que notre documentaire se bonifiera aussi peut-être avec le temps parce qu'il va suivre la carrière des Champions du Monde 2018. Quand on verra Griezmann, 20 ans après, on se dira « tu as vu comment il était Griezmann ou Mbappé à 19 ans etc.. ». Dans vingt ans Mbappé aura 40 ans et peut-être plein de titres.

Quel a été le niveau d'intimité que vous avez eu avec les joueurs ?

Théo Schuster  : Deschamps il est strict mais juste. Il a juste pas envie que ce soit le bordel dans son groupe. Il fixe les règles, et si on les respecte, il n'y a pas de soucis. Après on a été proche d'eux physiquement, parce qu'on est dans le bus avec eux tout le temps, aux entrainements, aux causeries, aux repas, partout quoi. Après notre démarche, ce n'est pas de faire copain copain, car à terme, cela aurait pu nous desservir. Les joueurs ont eux aussi gardé leurs distances, mais on a eu de très bonnes surprises avec des gens qui se sont révélés, découverts, sont venus à nous, comme nous à eux.

Quel effet ça vous a fait de vivre cette Coupe du Monde de l'intérieur ?

Emmanuel Le Ber  : Chaque jour je peux te dire qu'on se pinçait en se disant que ce qu'on vivait était quand même exceptionnel, surtout quand on pensait à l'engouement des Français. Nous, on était au coeur de l'action, on partageait le quotidien avec les joueurs, et en plus ils gagnent la Coupe du Monde. Théo, a eu la chance de toucher la vraie, ça va le marquer à vie. Je continue à dire que c'était hallucinant et qu'on a pas rêvé.

Théo Schuster  : Moi, je me suis mis dans le même état d'esprit que les joueurs « ne pas s'enflammer ». Donc voila, tu te retrouves au milieu de la Coupe du Monde, et tu dois garder la tête froide pour travailler efficacement. Parfois, on est là, dans le bus, et Pogba arrive, nous check avec un « ça va mec » tu es là, t'es un peu surpris, tu te dis que tu fais partie de l'aventure. En fait, c'est plus le regard de nos amis et de nos parents quand on est rentré. Moi ce qui m'a impressionné c'est quand on est revenu à Paris avec Roissy noir de monde, la descente des Champs Elysées. On se dit « ouah, il s'est passé quelque chose ». Mais quand on est à Istra, à 80 kilomètres de Moscou, finalement, ça reste assez simple.

C'était quoi l'état d'esprit des joueurs hors terrain ?

Emmanuel Le Ber  : Ils étaient très focus sur leurs objectifs, mais on les a trouvé quand même globalement très détendu.

Théo Schuster  : Ils étaient cools. Après il y avait plusieurs profils. Certains ont eu des petits coups de blues de temps en temps, du vague à l'âme, et c'est humain, car franchement, une Coupe du Monde c'est long. En même temps, il y a ce truc de solidarité qui fait que c'est une équipe, et que pour aller jusqu'au bout, ça doit rester une équipe. Parfois il y en a qui était moins bien, et on voyait les autres les relever. Après il y a les matchs, et les matchs c'est des combats, c'est tous ensemble.

Des personnalités ce sont révélés ?

Théo Schuster  : Il y en a deux qui nous viennent tout de suite à l'esprit c'est Pogba et Deschamps qu'on voit sous un autre angle dans ce documentaire, du moins je l'espère. Après il y a eu des gens surprenants comme Nabil Fekir auquel on s'attendait pas forcément, et qui est hyper sympa, à l'écoute, attentionné. Et puis il y a Hugo Lloris. On ne le connaissait pas, on savait pas à quoi s'attendre, et on a compris pourquoi il était Capitaine en l'écoutant parler. Olivier Giroud, Matuidi, sont aussi des gens très sincères et vrais.

Emmanuel Le Ber : C'était une chouette bande de mecs. Giroud, par exemple, c'est un guerrier. Cela se voit sur le terrain, surtout quand on pense au Giroud Bashing. Nous, et c'est un parti pris, on a voulu montrer l'importance qu'il avait sur un match. C'est l'un des premiers à nous avoir proposé de s'assoir à coté de lui pour parler de façon posée. Rami c'est l'ambiançeur, dans le continuité de ce qu'il peut proposer dans ses petites vidéos. Ils sont assez respectueux, et ont tous cette envie de bien faire pour eux, leur famille, mais aussi la France. Chez eux, ce n'est pas un élément de langage. Ce qui est assez jouissif, c'est de les voir vivre, alors qu'on les retrouve en PLV ou en affiche quand on va faire ses courses à Carrefour. Avoir des personnalités, derrière le papier glacé.

LES BLEUS 2018 : Au cœur de l’épopée russe en DVD et Blu-Ray chez TF1 Studio

PLUS D'ARTICLES