Stéphane Guy

Le 19 novembre 2013, par Surface


Sa voix est synonyme de « kick and rush » et de « fish and chips ». Pourtant Stéphane Guy aura bien son mot à dire sur le foot français cette saison, avec J+1, l’émission qu’il présente sur la Ligue 1. Commentateur de la Premier League et du championnat français, l’une des figures phares de Canal aime jouer sur tous les tableaux. Et ce n’est pas sa passion du ballon qui s’en plaindra.

« On peut couper le son, s’il vous plait ? Ce mec est insupportable. » Ce mec dont parle Stéphane Guy, ironiquement, c’est lui, pendant la première de J+1, dont il est le présentateur et qui passe en rediffusion sur les écrans du pub où il nous a donné rendez-vous. Sous ses allures de prof de philo, avec son costume trois-pièces et sa barbe bien taillée, se cache en réalité un homme bien plus excentrique qu’il n’y paraît. « L’infernal Wayne Rooney », « Sa Majesté Robin Van Persie » ou encore « Nasri, le petit prince de Marseille » sont toutes autant d’envolées lyriques qui ont fait sa marque de fabrique. Pourtant, si Stéphane Guy a l’habitude de se faire entendre, il n’en reste pas moins discret médiatiquement. Entretien avec un homme dont la langue natale est le football.

Stéphane, peux-tu nous expliquer le concept de l’émission J+1 ?

C’est une émission qui repose d’abord sur l’actualité et les images de la Ligue 1. Autour de cela, on fait un traitement approfondi et décalé. Cette émission doit tenir, à mon avis, sur deux jambes, à savoir un traitement pointu, de la matière footballistique, et un retour à l’analyse technique et tactique, ce qu’on fait de moins en moins à la télé, car on fait de plus en plus d’émissions de débats. Dans J+1, il y a une deuxième partie dans l’émission qui se veut un peu décalée, façon Le Petit Journal. Quand on prend un jeune totalement inconnu, comme Pierre Desmarest, qui évoque ce qui se passe sur la twittosphère, c’est décalé. Il y a aussi Julien Cazarre qui est une figure type de ce qu’on veut faire en terme de traitement d’émission. Romain Del Bello est plus le garant de l’information. C’est tout cela qu’on doit retrouver dans l’émission. On peut être dans l’humour et respecter la vérité du terrain. Comme on est en deuxième partie de soirée le lundi, il faut que ce soit léger. La matière est suffisamment riche pour qu’on ait de l’inédit le lundi. Plus on avancera dans la saison et plus on en aura, car nous aurons des reportages exclusifs à proposer. On a le temps de préparer nos séquences, ce que n’ont pas forcément les autres émissions de Canal qui sont dans le traitement immédiat. On a un jour de plus, d’où J+1.

Cyril Linette a dit que c’était une émission qui te ressemblait. C’est le cas ?

Oui, en tout cas lorsqu’on me l’a proposée, je n’ai pas dit oui, mais j’ai dit qu’il fallait faire cette émission. Je la sentais bien et j’adhérais totalement au projet. Je me suis dit : « Cette émission sur Canal, il en est temps. » Je me suis aussi dit qu’il fallait dédramatiser le foot. Avec le temps passé en Angleterre, je me suis aperçu que les Anglais avaient un rapport à leurs clubs qui comprenait beaucoup d’auto-dérision. Un résultat n’est pas vécu comme un drame. Et je pense qu’il y a un espace pour cela en France. Vis-à-vis de ma position dans l’émission, j’essaye d’être le plus détendu possible et de pas trop réfléchir aux conséquences de ce que je dis par rapport aux acteurs du football. Sinon on ne dit plus rien, on se bride. On a la liberté de dire quand un joueur est bon ou pas, après, il faut assumer. Il y a quelque chose de fondamental aussi, c’est la liberté qu’on a à Canal. Et ce n’est pas banal dans le monde médiatique dans lequel on vit. C’est l’une des forces essentielles de la chaîne et je suis ravi de voir que ceux qui nous dirigent sont sur la même longueur d’onde. Je travaille à Canal, je ne travaille pas à l’office de radiodiffusion du Qatar.

Tu es réputé pour tes envolées lyriques, qui ont d’ailleurs été récemment récompensées. Mais c’est aussi l’objet de critiques. Les comprends-tu ?

(Rires). D’abord, mes envolées lyriques, comme « l’infernal Wayne Rooney », sont venues spontanément. Je le regardais jouer, et je me suis dit : « Il est infernal ce Rooney. » Aujourd’hui, c’est devenu une marque de fabrique, mais je ne me suis pas dit que j’allais l’appeler comme cela exprès. Évidemment, après on en joue un peu, car on est dans le spectacle. Je suis désolé, mais je trouve que ça définit parfaitement le joueur. Pas forcément le personnage, car j’ai eu la chance pour la première fois de discuter avec lui et il m’a paru très gentil, très calme. Alors je ne sais pas si cela agace, mais à Canal, il y a l’idée que derrière chaque image se cache une information. L’autre étape après « image-information-sens », c’est le point de vue. Et je pense que lorsqu’on commente plus de 100 matches par saison, on a le droit d’exprimer son point de vue.

Quelles ont été tes sources d’inspirations pour les commentaires ?

Au début, tu veux ressembler à ceux que tu as écouté, donc tu copies. Moi, c’était Thierry Roland, Michel Denisot, Thierry Gilardi. Je pense que ce sont eux qui m’ont inspiré. Après, tu prends confiance en toi et tu y mets ta personnalité. C’est un long chemin. Antonetti m’a dit qu’il faut dix ans à un entraîneur pour se considérer comme tel. Je ne suis pas loin de penser que pour un commentateur, c’est pareil.

Comment perçois-tu le traitement du sport ? Quotidiennement, la radio et la TV offrent beaucoup. Contrairement à la presse écrite…

C’est une culture différente. Il est évident que nous sommes dans un pays où la place du foot est nettement moins importante qu’en Angleterre ou en Espagne. Je crois qu’en France, il y a un tiers des gens qui disent s’intéresser au foot. En Angleterre, cela monte à deux tiers. Après, on dira qu’on a un seul quotidien sportif, mais au moins on en a un. Et je pense que les Anglais seraient heureux d’avoir un quotidien comme L’Équipe. Et nous, on serait heureux que tous les quotidiens traitent le sport comme le font les journaux anglais. Mais ce qui m’inquiète, c’est que la base de tout soit le match. Regarder un  match de foot demande deux heures, ce n’est pas complètement rien dans la vie. Et si tu veux suivre la Ligue 1 de façon sérieuse, il faut regarder trois-quatre matches par week-end. Je pense qu’il y a peu de professionnels et de gens parmi les débats qui s’imposent cette discipline-là. Du coup, les débats sont de qualité très variable, il faut quand même se méfier.

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