Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Raymond Domenech ne laisse personne indifférent. Sélectionneur de l’équipe de France depuis déjà cinq ans, ses moindres faits et choix sont scrutés, décortiqués, puis analysés par la France entière. Une responsabilité énorme et une pression de tous les instants, qui induisent des rapports parfois compliqués avec les médias et ceux qui se passionnent pour le ballon rond. Après les deux victoires des Bleus contre la Lituanie, il a toutefois accepté de répondre aux questions de Jérôme Alonzo, lors d’un entretien où il revient sur ses débuts, la finale de la Coupe du Monde, son rapport avec les journalistes et sa vision de la jeune génération.


Raymond Domenech porte une veste et une chemise Ralph Lauren

Raymond Domenech porte un ensemble Hugo Boss


Raymond Domenech porte une veste et une chemise Dunhill
Quand on est sélectionneur de l’équipe de France, se sent-on parfois seul ?
C’est vrai que quand tu es seul, tu es vraiment seul. Mais j’ai une chance exceptionnelle. J’ai un staff fabuleux, et on a travaillé dur pour ça. Tu sais, j’ai fait beaucoup de choses : des séminaires sur la communication en groupe, la vie du groupe, avec le staff, etc. On en a fait pratiquement deux par an, où l’on s’est retrouvé à vingt-cinq personnes pour travailler sur la solidarité.
On vous entend souvent parler de la Finale de la coupe du monde 2006 et on constate que c’est un traumatisme. J’ai perdu deux coupes de France et je n’arrive toujours pas à le digérer (contre auxerre à la 91ème et lyon dans les prolongations). Pour tout le monde, le fait de cette finale, c’est l’expulsion de ZiZou. mais je voudrais revenir sur la blessure de Patrick Vieira dont personne ne parle. Elle est aussi importante, non ?
Oui, évidemment. Dans le jeu, elle est même capitale parce qu’il se blesse à la 56ème, je crois. Derrière tu dois faire une heure et Pat à ce moment-là, il était au-dessus du lot. Avec l’impact qu’il avait, j’étais tranquille. Je n’ai pas eu un instant d’inquiétude. Pour moi, c’etait gagné. Après, tu n’es plus dans la même configuration. Et puis tu perds Zizou, donc …
Est-ce que vous avez vu ce qui s’est passé ?
Non… Mais tu sais, quand tu es à mon poste, il y a des choses que tu sens. J’ai tout de suite eu en tête l’image du match contre Israël où Trézeguet s’était fait virer parce qu’il avait mis un coup de tête. Au moment où je me remémore cela, tout se passe là-bas, sur le côté. Je me dis : « Oh ! il y a un coup tordu là. Il y a un coup tordu, c’est sûr ». Et puis je vois Buffon qui commence à gueuler et Materazzi qui se tord de douleur.
Personne n’a vu ce qui s’est passé alors ? Rétablissons un peu l’histoire, qui a vu quelque chose ?
La télé. Le quatrième arbitre l’a vu à la télé, sur le banc. C’est ce que je dis toujours : « On a inventé l’arbitrage télé le jour de la finale de la Coupe du Monde ». C’est sûr, j’y étais. D’abord, ça commence avec un attaquant qui a le ballon de l’autre côté, il était en train de regarder ce qui se passait, donc je lui hurle : « Mais joue, joue, t’arrête pas ». Et il va me mettre le ballon en touche, tu t’imagines ? Tu crois que moi, sur le terrain, je vais mettre le ballon en touche ? Moi, je vais au but et puis j’attends que l’arbitre siffle (rires). Si tu continues à jouer, qu’est-ce que tu crois qu’ils font les mecs ? Ils se relèvent, et ils reviennent dans la partie. Materazzi, il aurait eu mal, il serait resté deux minutes à terre, et puis basta. Personne n’aurait rien vu. Mais quand le ballon est dehors et qu’il y a attroupement … Je revois très bien l’arbitre, il regarde le juge de touche, et ce dernier lui signifie qu’il ne sait pas, qu’il n’a rien vu. Et il y a le quatrième arbitre. J’étais juste en face de lui, je le vois planté là : il était en train de regarder la télé. Je l’ai traité de tous les noms, en me disant qu’il allait bien finir par tourner la tête, s’occuper de moi, et ne pas regarder ce qui se passait là-bas. Il n’a pas bougé, il regardait l’autre arbitre et il était en train de lui parler. Pourtant, avec ce que je lui ai dit, j’aurais dû être viré 10 000 fois du terrain ! Mais non, il ne voulait pas tourner la tête, il expliquait à l’arbitre du milieu ce qui s’était passé. Sur le terrain, personne n’a rien vu car le jeu était à l’autre bout. Il n’y a que les mecs qui étaient de l’autre côté, juste dans l’axe, qui ont pu le voir. Et Materazzi aussi bien sûr (rires).
Au niveau du foot, l’après, vous le voyez comment ?
Le challenge du deuxième club parisien me passionnerait. Comment expliques-tu que dans toutes les capitales du monde, il y a deux, voire dix clubs, comme à Londres, et qu’à Paris il n’y en a qu’un? Que tu n’arrives même pas à faire un second club, ne serait-ce qu’en deuxième division. Il y a largement la place pour en avoir un autre et c’est un vrai travail de construction et de mise en place. Je suis sûr qu’il y a de quoi le faire parce que tu as vraiment tout à mettre en place. Transformer les mentalités, t’imposer, etc…
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