Le fiasco de la Coupe du monde sud africaine est peu à peu éclipsée. Tout le monde s’accorde pour repartir de l’avant et penser à l’avenir. Au centre de ce renouveau du football français, Laurent Blanc et les bleus de 1998.
Une image d’abord. À Clairefontaine, mercredi, Laurent Blanc est au centre du terrain entouré par Jean-Louis Gasset, son adjoint et surtout par Fabien Barthez (membre du staff lui aussi) et Zinédine Zidane, présent spécialement ce jour-là pour faire partager son «expérience» et son «sentiment sur ce que doit représenter l’équipe de France». Un peu plus loin, Alain Boghossian est là aussi. Soit quatre champions du monde 1998 qui participent à la reconstruction de l’équipe de France. Tout un symbole après en avoir été tenus éloignés par les dirigeants de la fédération, alors qu’ils l’avaient pourtant amenée sur les toits du Monde et de l’Europe.
Laissés de côté
Si rien n’a bien sûr jamais été confirmé, ni infirmé par qui que ce soit, certains faits peuvent être interprétés comme preuve qu’il existait un « lobby anti 1998 « . En 2006 par exemple, Laurent Blanc était en ballotage avec Jean Tigana et Raymond Domenech pour succéder à Jacques Santini. Si l’argument du manque d’expérience était alors totalement compréhensible concernant Laurent Blanc, c’est surtout le fait que Raymond Domenech soit issu de la DTN et fasse donc partie de la « famille » de la FFF qui aurait fait pencher la balance. Puis en 2008, alors que les bleus de 1998 se retrouvent peu à peu tous à la retraite et sur les plateaux de télévision pour faire partager leur sentiment sur l’équipe de France, Raymond Domenech connaît un premier échec retentissant à l’Euro. Dernier du groupe avec un point et des prestations déjà faméliques, la question du maintien de Domenech se pose très sérieusement. Laurent Blanc n’est plus candidat puisqu’il vient d’achever sa première saison avec Bordeaux (Dauphin de Lyon en championnat et vainqueur de la Coupe de la Ligue). En revanche, son ancien coéquipier en bleu et finaliste de la Ligue des Champions avec Monaco en 2004, Didier Deschamps est lui libre de tout contrat. Mieux, il est prêt à endosser le costume : « Ce serait pour moi une grande fierté de devenir sélectionneur ». Il reçoit aussi le soutient de ses anciens coéquipiers en bleu : « Il a largement fait ses preuves » déclare Lizarazu quand Zidane avance que « Didier, c’est vrai, peut remplacer l’entraîneur actuel. Il en a les capacités, il connaît le groupe, il connaît très bien le foot et surtout, il est légitime ». Toutes les conditions semblent réunies pour voir « La Dèche » devenir le nouveau sélectionneur. Mais non, Raymond Domenech est maintenu. Difficile de comprendre. Si ce n’est qu’au sein de la Fédération, il semble qu’on ne souhaite pas voir l’équipe de France revenir à l’ancien capitaine. Pourquoi ? D’abord cette fameuse génération fait grincer des dents. À force de plébisciter l’un des « leurs », ils ont finis par agacer. Et puis Didier Deschamps possède l’un des plus grands palmarès de l’histoire, dont un titre de champion du monde. Il aurait pu en être victime en 2008. En effet, Michel Platini, serait « jaloux » de sa réussite. Dans une interview au journal « L’Humanité » en 2000, il déclare notamment que « Son palmarès est beaucoup plus dû à sa personnalité qu’à ses qualités et aussi au fait qu’il était là au bon endroit, au bon moment. Il a fait sa carrière sur l’intelligence. Il fait partie de ces joueurs utiles mais qui ne resteront pas dans l’histoire des grands footballeurs. ». Il est de notoriété publique que Platini possède, comme Deschamps, une haute opinion de lui-même et entre les deux anciens capitaines de l’équipe de France mais aussi de la Juventus, un rapport de force a toujours existé. Platini affirmera ensuite qu’il « aime Deschamps », mais qu’ « il préfère voir Domenech rester sélectionneur. », avançant que « les successions sèches, brutales, n’ont jamais fonctionné ». Pas franchement convainquant, mais visiblement efficace au moment du choix. Surtout que le président de l’UEFA, toujours très influent au moment de prendre des décisions n’était sans doute pas le seul à ne pas vouloir Deschamps en poste. Difficile encore d’apporter des éléments de réponse concrets. Les hautes instances ont des raisons que la raison ignore.
Revenus en force
Mais ce temps là est bien révolu aujourd’hui. La passation de pouvoir a même eu lieu avant le Mondial. À force d’enchaîner des matches sans saveur, des défaites sans contestation possible (Argentine ; Espagne) et obtenir son billet pour l’Afrique du Sud de manière peu convenable (la main de Thierry Henry), Domenech n’a plus de soutient. Tous les experts sont unanimes devant un tel spectacle, au même titre que le public, fatigué d’avoir à supporter ça. Le Mondial est là et personne n’y croit, sans le dire. Jean-Pierre Escallette se rend à l’évidence et prépare l’après Domenech en officialisant la nomination de Laurent Blanc, plébiscité par tous et qui a l’avantage de renvoyer une image beaucoup plus lice que Deschamps.
La suite appartient donc à Laurent Blanc pour tout recommencer, tout reprendre et repartir à la conquête du jeu, des résultats, des victoires et de l’amour d’un public qui accorde toute sa confiance au « Président ». Mercredi, sur les terrains d’entraînement, il y avait des sourires, de la bonne humeur et Zizou ballon au pied. Des souvenirs qui rappellent la France du foot qui gagne, avec des joueurs d’exception mais aussi et surtout, avec un groupe uni et façonné pour gagner. D’autres anciens vainqueurs devraient succéder à Zidane de manière ponctuelle. Aux paroles doivent désormais succéder les actes concrets. Et on veut y croire, car au-delà de leur passé glorieux, des hommes comme Laurent Blanc et Didier Deschamps gagnent toujours. Il est remarquable de constater que les deux seuls entraîneurs parvenus à faire chuter l’Olympique Lyonnais de son piédestal ces deux dernières saisons sont encore eux. Quatre titres en trois ans avec Bordeaux pour Blanc et cinq titres avec trois clubs différents (Monaco, Juventus et Marseille) pour Deschamps. Bien sûr, il convient de rester prudent comme toujours, l’exemple de la génération 84 (vainqueur de l’euro 84) avec Platini à la tête des bleus est là pour le rappeler. Mais si l’histoire balbutie souvent, elle ne se répète que rarement. Gageons qu’avec Laurent Blanc, la génération dorée de 1998 connaîtra à nouveau le succès. N’en déplaise à certains.
Joachim Gettler