Le meilleur représentant du foot anglais en France, c’est lui et personne d’autre. Personnage incontournable, le journaliste britannique Darren Tulett, au look et au ton so british, jette un regard de passionné sur la nation reine du ballon rond.



QUEL EST TON PLUS BEAU SOUVENIR DE SUPPORTER ?
J’ai eu la chance énorme de vivre la plus belle période de Brighton, lorsque l’équipe était en première division. L’année du centenaire du club en plus ! En 1983, on a joué une finale de la Cup à Wembley contre Manchester United. 2-2. Prolongations. À la toute dernière minutes, contre pour Brighton de 90 mètres. Michael Robinson, mon attaquant préféré, remonte le terrain et fait une passe pour l’autre attaquant, un Ecossais, Gordon Smith. Je m’en souviens encore (il prend la voix des commentateurs de l’époque). « And Smith must score. And Smith must score.» (Et Smith doit marquer). Et il a tiré sur le putain de gardien ! On a raté notre seule occasion de gagner quelque chose… Mais ce sont des souvenirs géniaux, je vois tout là ! Surtout que ce jour-là, j’ai eu la honte de ma vie. J’avais 17 ans et j’ai fait le déplacement à Wembley avec tous mes potes. Et ma mère et mon beau-père, qui voulaient absolument y aller, sont montés dans le train avec moi…
LE FIGHTING SPIRIT EST UNE DES CARACTÉRISTIQUES ESSENTIELLES DE CE FOOTBALL…
ça vient des tribunes. C’est drôle de voir comment un joueur étranger s’adapte à cette expérience-là. La passion de la foule et l’exigence du public t’obligent à changer et te poussent à jouer à toute vitesse. Il faut que ça bouge et que ça attaque ! En France, les défenseurs n’osent jamais balancer un long ballon devant pour ne pas se faire huer. En Angleterre, tu dégages la balle et le public hurle « bravo ». Même si le public des stades a changé, il reste composé de gens de la classe ouvrière qui se mettent minables au boulot pendant toute la semaine pour avoir les sous pour payer leurs billets. Le minimum qu’ils exigent, c’est que les joueurs mouillent le maillot.
L’HUMOUR ANGLAIS EST AUSSI TRÈS PRÉSENT, DANS LES CHANTS DE SUPPORTERS NOTAMMENT. UN COUP DE COEUR ?
Chaque chant s’adapte aux joueurs, c’est vrai. À Manchester United, ils ont un joueur coréen, Park, et les supporters s’amusent des stéréotypes. La chanson fait comme ça : « Park, Park, wherever you may be, they eat dogs in your country. » (Park, Park, où que tu sois, ils mangent des chiens dans ton pays). À prendre avec ironie, évidemment !
QUELS ONT ÉTÉ LES JOUEURS FRANCAIS QUI ONT LE PLUS MARQUÉ LE FOOT ANGLAIS ?
Cantona, Ginola et Henry. Cantona est celui qui a le plus compté : à Manchester, ils chantent encore à sa gloire. Il fut l’un des premiers à venir et à apporter autant au foot anglais, à faire gagner des titres à un club qui n’en avait pas obtenu depuis longtemps. Et puis, le kung-fu ! C’est un sacré personnage. Mais Ginola aussi. Aller dans le Nord de l’Angleterre quand on passe pour un pretty boy qui fait de la pub pour les shampoings, c’est fort. Il a été formidable à Newcastle et élu « joueur de l’année » lorsqu’il était à Tottenham. Il a déjoué beaucoup de pronostics. Fin 2008, Tottenham lui a même organisé une soirée. Et puis, Henry, bien sûr, qui a contribué par ses buts au succès d’Arsenal.
QUI SONT TES JOUEURS PRÉFÉRÉS ?
Rooney, Gerrard, Lampard… Des mecs qui ont des couilles, quoi ! (rires) Des mecs typiquement anglais, qui en veulent mais qui ont aussi une vraie technique. Rooney, c’est un ancien boxeur et ça se voit sur son visage, mais il peut être léger et super fin dans son toucher de balle. Ce sont des joueurs qui sont très réguliers dans leurs performances.
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