Nom de code : APG. Profession : braqueur de la Ligue 1. Déjouant tous les pronostics, André-Pierre Gignac a réussi la saison dernière le casse de l’année en décrochant le titre de meilleur buteur du championnat de France avec 24 réalisations. Devenu un atout offensif incontournable de l’équipe de France, le Toulousain puise dans les erreurs du passé la force nécessaire pour ne pas s’arrêter en si bon chemin et poursuivre sa prodigieuse progression.
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André-Pierre Porte un Pull et un foulard IKKS
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Il a mis le sujet sur la table au bout de trente secondes de conversation. « Je suis heureux bien sûr mais en même temps, je suis dans une optique de vie qui fait que je ne me projette pas trop. Dans le passé, je me suis donné des objectifs élevés et ça m’a complètement mis en-dedans, notamment lorsque je suis arrivé à Toulouse. L’essentiel est ailleurs maintenant pour moi. Prendre match après match, c’est devenu le plus important. » Plutôt que de s’enthousiasmer sur son titre de meilleur buteur de la Ligue 1 et sur ses sélections désormais régulières en équipe de France, André-Pierre Gignac, qui partage avec Yoann Gourcuff le titre de grande révélation tricolore de l’année 2009, a d’emblée pris un ton grave et adopté un discours mesuré. Loin de ce que l’on aurait pu attendre d’un footballeur de 23 ans, aussi rigolard que fougueux. Cette rengaine du « match après match », cent fois rebattue par le petit monde du ballon rond, APG ne semble pas l’avoir apprise en copiant ses petits copains. C’est l’expérience d’une saison 2007/2008 complètement ratée, à l’âge où l’on rêve de progression perpétuelle, qui l’a converti au relativisme. Alors, très bien, commençons par là. Été 2007 : après cinq saisons passées à Lorient, Gignac signe à Toulouse pour 5 millions d’euros. Dédé n’est alors qu’un attaquant prometteur qui vient d’inscrire neuf buts pour sa première saison en Ligue 1. À confirmer, donc. Rien à rajouter. Si, tout de même, alors que ce dernier venait tout juste de jouer trois matches en première division, le sélectionneur Raymond Domenech avait déclaré garder un oeil sur lui ! « Il a quelque chose. Il a un petit plus, quelque chose qu’on remarque. Quand on est entraîneur, on se dit ‘tiens celui-là, il est à suivre parce qu’il peut se passer quelque chose’, donc je vais le suivre. » Heureuse prédiction. Mais, en ce mois d’août, c’est un interminable chemin de croix qui démarre. « J’ai vécu une saison catastrophique tant sur le plan mental qu’humain et sportif. Tout s’est mal passé. Collectivement, c’était pareil, on s’est sauvé à la dernière journée, on s’est fait peur toute l’année. »
La Porte VS Gignac : 1-0
Premier couac : avant de finalement s’engager pour le club de la ville rose, le joueur avait signé un pré contrat avec Lille. « Cette histoire m’a fait vraiment beaucoup de mal : on m’a fait passer pour un mercenaire alors que ce n’est pas vrai. Le salaire était le même. Seulement voilà, c’était le Sud, c’était un stade déjà construit, c’était la possibilité de jouer en Ligue des Champions et la promesse d’évoluer en 4-4-2. » Ensuite, tout va de travers. Gignac joue peu, boude, traîne des pieds. Deux petits buts en 28 bouts de matches. La star du Téfécé, c’est le buteur suédois Elmander et personne d’autre. En-dehors du terrain, sa vie toulousaine n’a pas grand chose de rose non plus. À en croire les rumeurs, le jeune attaquant passe plus de temps à engloutir des montagnes de charcuterie et à jouer son salaire dans les machines à sous qu’à taper dans un ballon. « Quand je lisais que je ne pensais qu’à gaspiller de l’argent, à aller au casino et que je ne me concentrais pas sur le foot, ça me faisait vraiment mal au cœur. C’est dur mais ça rend plus fort. Derrière un footballeur, il y a un humain et j’ai l’impression que certains journalistes ne s’en rendent pas trop compte. » À fleur de peau, le joueur souffre terriblement du flot de sarcasmes médiatiques qui s’abattent sur lui. « La critique me rend fou. Quand tu es gamin et que tu vois le foot en rose, tu ne penses pas du tout à ça. Il y a des critiques constructives de la part des gens qui connaissent le football. Mais il y a beaucoup de remarques de gens aigris qui sont dures à avaler. » Il se défend de tous ces excès : « J’ai des conseillers financiers et un budget que je peux brûler chaque mois. Alors, voilà, je le brûle mais ça ne m’empêche pas de mettre de l’argent de côté pour les impôts et pour une belle qualité de vie après le foot. J’achète des habits pour moi et pour ma famille, je vais au restaurant, j’achète des jeux vidéo. Je suis un casanier, moi. Quand je sors, c’est avec ma femme et mon fils. Quand on va au casino, je ne gaspille pas plus de 600 euros par soirée et j’y vais une fois par mois. Et puis, ma façon de vivre n’a pas changé d’une année à l’autre. » Frustré de si peu de temps de jeu, gavé de tant d’espoirs déçus, le joueur ne se reconnaît plus : en décembre, il frappe une porte du vestiaire qui remporte le combat. Poignet fracturé. Un mois d’indisponibilité. Finalement, Toulouse et Gignac ne sauvent leur peau en Ligue 1 qu’à l’issue de la toute dernière journée. Voilà pour la saison catastrophe. Voilà pour l’aspect sombre du personnage, susceptible de perdre pied quand la réussite sportive se dérobe.
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