Depuis qu’il officie sur Canal+, Christophe Dugarry truste les titres de consultant préféré des Français dans les sondages. Une deuxième vie réussie, après une belle carrière de footballeur, couronnée par les sacres de champion du monde en 1998 et d’Europe en 2000.
Photos: Christophe Dugarry

Il y a le joueur et le consultant. L’homme de terrain et l’homme de télé. Comme les deux côtés d’une pièce de monnaie. Côté pile, Christophe Dugarry, c’était la grande gigue nonchalante, au look de vagabond séduisant, râleur comme pas deux. Côté face, il s’impose comme le commentateur souriant des grandes affiches de Canal+, carrément sympa et jamais avare de remarques convaincantes. Le premier agaçait autant que l’autre plaît. Confortablement installé dans un salon de l’hôtel Costes du Ier arrondissement parisien, l’international aux 55 sélections, 37 ans aujourd’hui, assure la promotion de son livre Le foot vu par Christophe Dugarry. Champion du monde puis d’Europe avec les Bleus, passé par quatre des principaux championnats européens, l’ancien attaquant, qui a consacré douze ans de sa carrière aux Girondins de Bordeaux, raconte le pire comme le meilleur. De son passage au Qatar à son contrôle positif à la nandrolone, en passant par son inimitié avec Frédéric Déhu, Duga se lâche !
ON APPREND DANS LE LIVRE QU’EN 1995, AVEC ZIDANE, VOUS AVEZ FAILLI SIGNER AU PSG…
C’est Luis Fernandez, l’entraîneur d’alors, qui avait voulu nous rencontrer. Un agent nous avait contactés, Zizou et moi, en nous expliquant que le PSG était intéressé. On s’est dit: « Le PSG, pourquoi pas ? Il faut voir le projet. » Donc, on est allé à Paris, on s’est vu dans une brasserie et on s’est aperçu que c’était pour discuter plus qu’autre chose. Par la suite, ils n’ont jamais creusé cette piste. Dommage pour eux : ils sont passés à côté de Zizou (rires) !
COMMENT VIVAIS-TU LE FAIT D’ETRE RÉGULIÈREMENT SIFFLÉ LORSQUE TU ÉTAIS JOUEUR ?
C’était dur, ça ne fait jamais plaisir d’être sifflé mais c’est comme tout : tu te forges une carapace et tu apprends à relativiser. J’essayais de me dire que je n’étais pas aussi mauvais et désagréable que ça. Heureusement, j’ai vécu de beaux événements qui m’ont donné un peu d’oxygène. Mais je n’en veux pas aux gens : j’avais un sale caractère, j’étais toujours en train de gueuler après les arbitres et mes coéquipiers. C’était ma nature et elle dérangeait beaucoup de gens. J’essayais de modifier ce comportement : dix minutes avant le match, je me disais « Aujourd’hui, tu ne casses pas les couilles aux arbitres et tu restes dans ton match. » Au bout de dix minutes, ma nature reprenait le dessus (rire). Ça fait partie de mon histoire même si j’aurais préféré être adulé et adoré de tous.
ET MAINTENANT, TU ES LE CONSULTANT PRÉFÉRÉ DES FRANÇAIS…
(Sourire) Ça fait partie des paradoxes de ma carrière. Les gens aiment mon ton et mon naturel. Je suis content d’apporter du plaisir aux téléspectateurs. Je n’ai jamais cherché à plaire comme joueur et ça m’a desservi. Là, c’est pareil et je suis ravi que ça se passe aussi bien. Même si ça se passait différemment, je ne changerais pas pour autant ma manière d’être.
CHOSE RARE : TU ÉVOQUES « TON MEILLEUR ENNEMI », FRÉDÉRIC DÉHU…
Avec lui, on était dans l’intimidation permanente : il ne pouvait pas me blairer, je ne pouvais pas le blairer non plus. On était dans la même zone, donc on se fritait. C’était un combat mais ça ne servait à rien : il n’y avait pas de vainqueur ! C’est né sur le terrain : il jouait alors à Lens. On se prend la tête et à la fin du match, je vais le voir pour m’excuser. Et il m’envoie chier ! Il allait alors signer à Barcelone, donc je lui sors un truc du style ‘Bon courage sur le banc de touche’. À partir de ce moment-là, c’était la guerre (rire). Il y a beaucoup d’histoires comme ça, mais il y en a peu qui les racontent.
EN 1999, TU AS ÉTÉ CONTROLÉ POSITIF À LA NANDROLONE. QUEL REGARD PORTES-TU SUR CET ÉPISODE DE TA CARRIÈRE ?
C’est le pire moment de ma carrière, pire encore que les sifflets. Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé. Autant, je suis sorti, j’ai fait le con. Des excès, j’en ai faits et j’aurais été prêt à assumer n’importe quoi. Mais là, non. La nandrolone, quoi… (Ironique) Alors qu’il existait des produits beaucoup moins détectables que celui- là, j’aurais choisi la nandrolone… Ça reste une énigme. Tous ceux qui ont été pris à ce moment-là n’ont pas d’explications. Surtout des gars comme Vincent Guérin ou Dominique Arribagé, qui sont des professionnels, ne boivent jamais d’alcool, ne sortent jamais de chez eux, qui sont de vrais moines Shaolin (rire). Eux, ils ne sont pas dans ce truc, ce n’est pas vrai ! Il y a un truc bizarre. C’est vraiment compliqué : le médecin qui m’avait fait le contrôle n’était pas homologué pour le faire (Dugarry a d’ailleurs été blanchi pour cette raison, ndlr). C’est comme si un gardien de parking venait te mettre un PV ! Et puis, ils avaient perdu mes urines pendant trois semaines ! C’était une histoire incroyable. Et dix ans plus tard, plus personne n’est contrôlé positif à la nandrolone ! C’est dur parce que c’est honteux, tu as l’impression de te battre contre des moulins à vent. C’était horrible.
BORDEAUX EST UNE VILLE IDÉALE POUR L’ÉPANOUISSEMENT D’UN JOUEUR…
Oui, parce que c’est peinard ! À Bordeaux, quand tu gagnes, c’est bien et quand tu perds, c’est bien ! On dit souvent ça. La ville, la région, le président sont zen. On aime quand les choses se passent de manière sereine. Tu t’épanouis plus facilement dans une ville comme ça. Et puis, même si j’ai adoré la passion marseillaise, Bordeaux reste mon club.
YOANN GOURCUFF EST-IL LE NOUVEAU ZIDANE ?
Peut-être que c’est lui qui a le plus d’attitudes similaires à celles de Zidane, notamment dans ses prises de balle et dans ses enchaînements. C’est fort possible. Après, ce n’est pas le premier que l’on a comparé Zizou. Forcément, il y a un peu de mimétisme : on essaie de ressembler à ses idoles. Comme Zizou, Gourcuff a la capacité de bien faire jouer les autres. Mais, bon, seul l’avenir nous le dira (sourire).