À 23 ans, Hugo Lloris est considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs gardiens de sa génération. Impressionnant sur sa ligne de but comme sur ses sorties aériennes, le Lyonnais est le genre de portiers qui fait gagner des points à son équipe. Il n’est pas étranger non plus à la qualification de l’équipe de France pour le Mondial. Peu à l’aise lorsqu’il s’agit de parler de lui, il a joué le jeu pour Surface. En toute simplicité.
Tout le monde se souvient d’une frappe dans la lucarne, d’un une-deux magique ou encore d’une reprise de volée phénoménale. Ce sont ces actions qui font rêver les spectateurs. Mais peu garderont en tête une énorme claquette, un arrêt réflexe en fin de match ou une sortie aérienne kamikaze qui soulage toute une défense. Pourtant, ce sont bien ces hommes, les derniers remparts d’une équipe, qui peuvent sauver un match à eux seuls. Hugo Lloris fait partie de ceux-là. Lors du quart de finale de Ligue des Champions entre Bordeaux et Lyon, c’est bien lui qui, après plusieurs envolées décisives, a reçu les louanges de ses partenaires et de ses adversaires. Quand Wendel le Bordelais le regrettait – « Cela aurait été bien de ne pas jouer contre Lloris. Je pense que c’était le meilleur joueur des deux matches» - et que Laurent Blanc constatait – « Il a confirmé qu’il avait beaucoup de talent. Si l’on analyse bien les deux matches, c’est sûr que son talent personnel joue pour beaucoup dans la qualification de l’OL » -, les Lyonnais Kallström et Cris eux le félicitaient : « Il a encore sorti l’arrêt qu’il fallait au bon moment. Je ne suis même plus surpris, je le vois réaliser ce genre d’arrêts tous les jours à l’entraînement » ; « Pour moi, c’est le meilleur gardien du monde. » Tout est dit en peu de phrases. Ce 7 avril, lors du match retour, Lloris n’a pas eu grand chose à faire. Mais dans les dernières minutes, il a littéralement décollé pour repousser cette tête surpuissante de Wendel, qui aurait qualifié les Girondins. Le jeune Hugo en avait décidé autrement. Lui qui n’aime pas trop montrer sa joie n’a pas eu le choix lorsque tous ses coéquipiers lui ont sauté dessus après le coup de sifflet final. Une véritable délivrance pour tout un club. Il est temps de connaître un peu mieux ce phénomène, énigmatique et réfléchi, qui est de plus en plus souvent qualifié de « meilleur gardien au monde » et ce, même au-delà de nos frontières.
Hugo des villes vs Hugo des terrains
Tout le monde le sait : gardien de but est un poste à part. Du haut de ses 23 ans, Hugo Lloris ne déroge pas à la règle. Mais avant d’en arriver là, il a d’abord testé tous les postes. Finalement, ce qu’il apprécie avant tout, c’est le football. Peu importe le poste qu’il occupe, il se sent bien sur un terrain. « J’ai évolué un peu partout, comme tous les gardiens. J’aime le jeu et, tout petit, j’alternais gardien, avant-centre… Même quand j’étais gardien, ça m’arrivait parfois de prendre le ballon et de faire des dribbles. On voyait Olmeta faire ça à la télé… » Il a donc dribblé en tant qu’avant-centre et cravaché en milieu de terrain avant d’aller dans les cages. Un choix qui s’est imposé à lui comme une évidence, avec l’aide de Dominique Baratelli. « Petit, c’était avant tout le football. Après, on m’a reconnu des qualités en tant que gardien. C’est Baratelli qui avait insisté lorsque j’étais à Nice. Comme quoi, il ne s’est peut-être pas trompé (rires.) » L’ancien gardien du PSG avait vu juste. Mais ne devient pas gardien qui veut. Souvent livré à lui-même, le portier doit avoir une force de caractère supérieure à la normale. Définitivement, il s’agit d’une question de tempérament. Pas de droit à l’erreur. « Sur le terrain, on le sait, on est seul et il n’y a personne derrière nous. On n’a pas le droit à la faute mais c’est ce petit truc qui rend le poste encore plus complexe et encore plus sympa à vivre.» Souvent comparé à Fabien Barthez, l’ancien Niçois aime prendre des risques et sortir de sa ligne de but pour aller au duel. Dans la vie de tous les jours, Hugo Lloris est quelqu’un de calme, posé et réfléchi. La preuve que l’on peut être tranquille tout en ayant un caractère à toute épreuve. L’international sort dans les pieds comme un rugbyman au plaquage et s’envole tel un volleyeur pour capter une balle aérienne. C’est comme s’il n’avait peur de rien. Dès lors, malgré quelques ressemblances, le Hugo des villes est bien différent du Hugo des terrains. « Il y a différents styles de gardien. Je ne suis pas foufou mais j’ai un jeu assez ouvert et j’aime prendre mes responsabilités. C’est difficile à expliquer. Quand je suis sur le terrain, je deviens une autre personne. » Une autre personne qui est capable de rassurer, remotiver et sauver ses partenaires quand il le faut. C’est en ça qu’un gardien est bon ou moins bon. Plus encore que pour un joueur « normal », il se doit d’être régulier et ne jamais sortir de son match. Pendant 90 minutes, le dernier rempart de l’équipe peut très bien ne jamais voir le ballon. Mais lorsque dans les arrêts de jeu, le sort d’une rencontre se décide, il doit être là et répondre présent. Lloris le fait à la perfection mais n’en retire pas forcément de satisfaction. Pour lui, il s’agit purement et simplement de son boulot. « La particularité, c’est qu’on ne peut pas sortir du match. On peut le faire à la rigueur, lorsqu’il y a une action de l’autre côté. On peut relâcher un peu la pression et la concentration. Mais tout ce qui est dans notre camp, on est à fond. C’est notre boulot d’être décisif, donc il n’y a pas de satisfaction à avoir. » Droit dans ses pompes, l’oiseau Hugo n’a pas pris son envol en un éclair. Avant de voler de ses propres ailes, il a été un gamin comme les autres, mêlant études et football, sans jamais avoir perdu le plaisir d’exercer sa passion.
Amoureux des maths
À l’image de l’homme qu’il est devenu, le gardien de l’équipe de France a toujours été zen et à l’écoute de tout ce qu’on pouvait lui dire. Il avoue tout de même s’être assagi avec les années. « J’ai toujours été poli, correct et à l’écoute. Mais ça ne m’empêchait pas de faire des bêtises aussi. J’étais peut-être un peu plus foufou quand j’étais petit que maintenant. » Un grain de folie chez un garçon pondéré et droit. Contrairement à la plupart des footballeurs, le jeune Hugo n’a jamais voulu lâcher ses études avant le bac. C’était l’un de ses objectifs et il a réussi à mener cette double vie difficile : d’un côté les maths et les cours, de l’autre les terrains et l’entraînement. Mais tout ça s’est fait sans forcer, tout comme le chemin qui s’est tracé devant lui. Naturellement. L’école, il aimait ça. « J’ai suivi le rythme d’un enfant normal. À l’école, j’étais travailleur et rigoureux, comme dans tout ce que je fais. Je me suis toujours fixé l’objectif d’aller le plus loin possible dans le scolaire. L’école, ça me plaisait. J’ai fait un Bac S. Tout ce qui était scientifique, j’adorais. » Et si l’oiseau n’était jamais sorti de son oeuf ? Si la carrière de ce jeune Niçois n’avait jamais décollé ? Ce genre de questions, il ne se les pose pas. Il s’attache avant tout à ne pas se projeter et à laisser les choses se faire d’elles-mêmes. « J’aurais certainement continué mes études, mais cela serait venu naturellement à moi. Peut-être serais-je resté dans les maths. » Un amoureux des maths qui ne calcule jamais. La volonté qui le guidait et le guide encore aujourd’hui, c’est celle d’aller toujours plus haut. Depuis son plus jeune âge, Hugo est un compétiteur. Que ça soit à l’école ou dans ses cages, son envie d’aller plus loin a rythmé ses jeunes années et continuera à le faire dans le futur. Même si l’oiseau a besoin de liberté pour s’exprimer, il doit parfois se raccrocher à quelque chose ou plutôt à quelqu’un. Comme un point d’ancrage. Ces repères, ce sont les personnes qu’il a pu croiser sur sa route. Mais surtout ce sont ses parents. « Pour moi, la famille c’est très important. Je n’ai jamais rien fait sans leur accord ou sans leur en parler. Il y a eu Gérard Buscher et Alain Wathelet, qui s’occupaient de la formation des jeunes et avec qui j’ai passé des super moments. Ils m’ont toujours accordé un statut de privilégié parce que j’avais l’école à côté. On essayait de s’adapter à mes horaires. » Ces personnes ont réussi à faire éclore cette culture de la gagne, qui a toujours été présente en lui et qui continue encore à se développer. Quoi de plus normal pour un oiseau que de vouloir aller toujours plus haut ?
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©Vivien Lavau

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