Il a fallu attendre treize ans pour voir Nathalie Iannetta, arrivée au service des sports de Canal + en 1997, tenir les rênes d’une émission de foot. Treize années durant lesquelles celle que beaucoup considèrent comme la journaliste foot par excellence a cravaché dur pour s’imposer dans un milieu ultra-masculin, quitte à parfois claquer la porte.
À quelques jours des vacances, Nathalie Iannetta nous reçoit dans les locaux de Canal +. À l’évocation de son parcours, on comprend tout de suite que pour une femme, s’imposer dans le milieu du journalisme sportif n’est pas une mince affaire. « Je tenais à te dire que j’étais contre ton arrivée […] Tu n’as absolument aucune légitimité ». Pourtant intronisée par Charles Biétry, voilà comment la journaliste a été accueillie à ses débuts au service de sports de la chaîne cryptée. De quoi en décourager plus d’une. Ces propos, ceux de Thierry Gilardi, auront eu le mérite de la motiver comme jamais. Depuis le début de sa carrière, la journaliste a touché à tous les genres d’émissions du groupe Canal. Du sport à la politique, en passant par le divertissement, c’est finalement toujours au foot qu’elle reviendra. La journaliste est aujourd’hui plus que respectée dans le milieu. Son secret : « le travail et l’expérience ». On ajoutera le caractère.
EST-CE QUE DANS LES DIFFÉRENTES RÉDACTIONS OÙ TU AS ÉVOLUÉ, TU AS SENTI DES RÉTICENCES DE LA PART DES HOMMES À L’IDÉE DE TRAVAILLER AVEC UNE FEMME ?
Il y a quand même un truc qu’il ne faut pas perdre de vue dans ce milieu, c’est le côté un peu politiquement correct. Quand je suis arrivée, j’avais été choisie par Biétry. Pour qui connaît Charles Biétry, on ne conteste pas ses choix. Les mecs, même s’ils n’en pensaient pas moins, je crois qu’ils se sont dit : il vaut mieux la fermer ! Devant moi en tout cas… Le seul qui l’a ouvert et qui m’a convoquée pour me le dire en face, c’est Thierry Gilardi. Je me rappelle très bien de ce que m’a dit Thierry ce jour-là. Ça faisait peut-être dix jours que j’étais à la rédac’ des sports, je ne le connaissais pas. Pour moi, c’était le présentateur phare de cette chaine. J’étais extrêmement impressionnée et il me dit : « Assieds-toi ! Je tenais à te dire que j’étais contre ton arrivée » Déjà, ça te met à l’aise… J’ai toujours préféré la franchise mais bon, c’est brutal… « Je pense que c’est une vraie connerie que tu sois là, je l’ai dit à Charles. Tu n’as absolument aucune légitimité, ça va être extrêmement difficile pour toi. Le problème, c’est que moi, je suis patron de cette rédac’ et commentateur numéro un. Il va falloir que je fasse avec toi. Je suis obligé. Et si je veux que ça marche, il faut que je t’aide parce que si toi tu te plantes, on va dire qu’on a fait un mauvais choix et ça va me retomber dessus. Je n’ai aucun intérêt à ce que tu te plantes. Alors, regarde-moi bien : si tu te goures et que tu m’entraînes dans ta chute, je ne te le pardonnerai jamais. Alors, tu vas devoir travailler deux fois plus que les autres, tu vas devoir t’accrocher deux fois plus que les autres mais, et moi, et toi, on a un seul intérêt : c’est que tu réussisses. Voilà le deal. »
ET ?
Je suis sortie de ce bureau en me disant : « Ce type me déteste, il pense que je suis nulle, que je n’ai rien à faire là… » En même temps, il m’a rendu le plus beau service qu’on pouvait rendre à quelqu’un. D’un seul coup, je me suis dit : « D’accord, tu vas voir. Tu vas voir si je n’ai pas de raisons d’être ici, si je suis là juste parce que je suis une fille… » Résultat des courses, ça m’a boostée au-delà du réel. Pendant onze ou douze ans, j’ai travaillé avec Thierry. Et c’est quand il est parti de Canal que j’ai réalisé pourquoi je faisais ce métier à la télé. Parce que la télé, ça ne m’intéresse pas plus que ça. En fait, j’ai compris ce jour-là que je faisais de la télé pour épater Thierry Gilardi. Les remarques, après, tu sais… Tu fais une erreur, tu commets un lapsus, ça arrive à tout le monde. Un garçon, on va dire qu’il s’est trompé. Une fille, on va dire qu’elle n’y connaît rien. On nous pardonne beaucoup moins de choses et c’est là où Thierry avait raison. Il a fallu que je travaille deux fois plus que les autres parce qu’il fallait que je me blinde de tout, y compris de la faute d’inattention. Franchement, le fait d’être une femme n’est pas un inconvénient. C’est un avantage, c’est un accélérateur de particules. La victimisation totale des femmes, c’est juste insupportable. En fait, en étant une fille, j’ai eu plus de chance que les garçons.
C’EST DONC UN ATOUT ?
Très clairement, même quand tu vas faire des interviews. Quand tu es un garçon, tu es dans une rédaction de cinquante garçons. Tu téléphones dans un club parce que tu veux faire l’interview de machin. Le mec qui reçoit la demande d’interview entre un tel, un tel, un tel… On est tellement nombreux à faire ce métier qu’il ne sait plus qui c’est. S’il voit écrit Nathalie Iannetta, il sait qui c’est. Et du coup, il dit oui parce qu’il a identifié la personne. Ça aide.
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Nathalie Iannetta ©Vivien Lavau

Nathalie Iannetta ©Vivien Lavau