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Surface n°23

Posted by Surface On février - 14 - 2013

Nouveau n° de SURFACE avec en couverture
HATEM BEN ARFA
Disponible jeudi 21 février


Personnage complexe au talent incroyable. À seulement 25 ans, HATEM BEN ARFA a déjà une riche carrière ponctuée de coups d’éclat, de frustrations et d’incompréhensions. Sous les feux des projecteurs depuis ses 12 ans, l’un des joueurs les plus fascinants de sa génération s’est longuement confié à SURFACE. Ses débuts à l’INF Clairefontaine, l’hyper médiatisation dès son plus jeune âge, l’attente autour lui, les Bleus, Newcastle… HBA reconstitue le puzzle de sa carrière.

Extraits :

« Dans la génération actuelle, il y a de nombreux joueurs talentueux. Mais je pense qu’il manque des leaders.[…] si je devais donner un nom, je dirais que Karim (Benzema) peut être un des leaders. »

« Dans ma tête, j’ai toujours la Coupe du monde 2014, et pour moi c’est impossible que je ne la fasse pas. »

« Je regrette de ne pas avoir été mature plus tôt, parce que je pense qu’aujourd’hui, j’évoluerais à un plus haut niveau. Peut-être que je serais comme lui (Messi,ndlr) aujourd’hui. Mais j’ai encore le temps, je peux le rattraper »

VOIR LE MAKING OF

Egalement au sommaire de ce numéro

*** Dossier ***
L’Arbitre : Mi-Ange Mi-Demon

Anti-star du football par excellence, l’arbitre est régulièrement pointé du doigt. À la fois victime et coupable, l’homme en noir agace, irrite. Il est une cible de premier choix et ses détracteurs sont nombreux. L’arbitrage vidéo, les critiques, les conflits d’intérêt au sein de la direction de l’arbitrage… SURFACE s’est penché sur ce métier pas comme les autres.

Avec les témoignages de Bruno Derrien, Jean-Louis Triaud, Robert Wurtz…

*** Portfolio ***
This is football

La sueur, la bière, un contexte social et économique difficile… Stuart Roy Clarke a immortalisé ce football anglais des années 90 à travers Homes of Football, une collection de photos.

*** Portraits ***

MATHIEU VALBUENA

« Finir à l’OM pourquoi pas !  Il vaut mieux être le roi chez toi que le prince ailleurs. »

« Paris reste favori […] ils peuvent faire deux équipes, alors qu’on doit compenser sur un état d’esprit irréprochable tous les week-ends. Ils sont en train de bâtir une équipe pour devenir champions pratiquement chaque année… Mais le football n’est pas une science exacte : s’il faut les dépasser, on ne s’en privera pas »

ROMAIN ALESSANDRINI

« Je me vois encore un an ou deux à Rennes, ça ne peut que me faire du bien. […] Ce ne serait pas un regret de ne pas y jouer (à l’OM, ndlr) »

MICHAEL YOUN

« J’ai failli investir au Red Star mais mes finances ne me le permettaient pas. […] Parce que je trouve qu’il y avait un truc formidable à faire avec un vrai club populaire de banlieue. Ça me fout toujours les boules quand je vais dans le 9-3 et vois des gens avec le maillot de l’OM ! Je trouve ça anormal. »

VINCENT MOSCATO

« Ibrahimovic ? Je suis fan du joueur, je me fous du personnage. »

MICHEL CYMES

« Les footballeurs de l’élite du football français sont, en résumé, une belle bande d’enfants gâtés tournés sur eux-mêmes avec, souvent, un QI de moule… »

CLAUDIO RANIERI

« Quand on montera de niveau (en Ligue 1, ndlr), on essaiera d’arriver à la hauteur du PSG, mais pas maintenant, pas l’année prochaine. On a besoin de temps. »

mais aussi

DIDIER DIGARD, 1995, RIO MAVUBA & VINCENT PARISI, LUCAS OCAMPOS, JULIEN DRAY…

Disponible jeudi 21 février

Stéphane Guivarc’h

Posted by Surface On janvier - 23 - 2013

Malgré ses titres et ses buts, Stéphane Guivarc’h n’est pas le joueur le plus cité lorsqu’on évoque l’équipe de France 98. Après une belle carrière qui l’aura vu passer par Auxerre, les Glasgow Rangers, Rennes, Newcastle ou encore Guingamp, l’ancien attaquant des bleus coule aujourd’hui des jours heureux en bretagne en tant que vendeur de piscine. Preuve qu’il y a une vie après le football, et surtout un autre métier que celui de joueur.

Si aujourd’hui le football professionnel n’est plus aussi présent qu’avant pour Stéphane Guivarc’h, le Breton a malgré tout gardé quelques mimiques de footeux bien connues, comme celle de ne pas souvent répondre au téléphone, malgré deux numéros de portable. C’est aussi peut-être parce que l’homme ne vit pas une retraite tranquille et qu’il a aujourd’hui troqué son maillot de joueur pour sa chemise de commercial, lui qui vit désormais de la vente de piscines en Bretagne. De passage à Paris en famille pour le concert de Madonna, c’est à l’Etap Hôtel de Porte de la Chapelle, loin des habitudes luxueuses de certains joueurs, que Stéphane Guivarc’h nous a donné rendez-vous pour l’interview, un vendredi 13 juillet. Clin d’oeil de l’histoire, c’est quatorze ans et un jour après ses plus belles heures internationales, que nous rencontrons l’ancien avant-centre des Bleus. Aujourd’hui le Breton prend la vie comme elle vient avec philosophie et une pointe de pudeur. Car si les souvenirs restent, les choses ont bien changé.

Comment en êtes-vous arrivé à vendre des piscines ?

J’étais en plein dans la construction de ma maison il y a sept ans de cela, et puis mon ami qui est aujourd’hui mon patron me changeait le ballon d’eau chaude et je lui ai dit sous forme de plaisanterie : « Si tu veux, je vais te faire de la démarche commerciale » et puis c’est parti de là. Cela lui a mis la puce à l’oreille. Après ça, il m’a rappelé, on s’est vu le lendemain et depuis, ça fait sept ans que je le suis. Comme ça se passe remarquablement bien, il n’y a pas besoin de se poser de questions. Je travaille à deux kilomètres de chez moi, je rentre à la maison tous les soirs, j’ai ma petite vie comme tout le monde. Et puis c’est une vie dans laquelle je prends du plaisir puisque je rencontre du monde avec l’aspect commercial. Mais ça se passe bien, il n’y a pas de souci.

Donc c’est quelque chose que vous avez cherché ?

Cela s’est présenté comme ça. Je ne pouvais pas rester simplement dans mon rôle de consultant et dans le club de ma ville. C’est vrai que du lundi au vendredi certaines journées peuvent paraître longues, donc je voulais trouver une occupation, parce que la piscine c’est un plaisir et un loisir pour les gens. Je pense que lorsqu’on va vendre des piscines, les gens sont détendus. Le contact est ce qu’il est mais ça se passe bien.

Comprenez-vous qu’être champion du monde 98 puis ensuite vendeur de piscines peut susciter des interrogations, voire de la déception chez certaines personnes ?

Je ne comprends absolument pas ça. Chacun fait ce qu’il veut dans sa vie. S’il y en a qui ne veulent rien faire tant mieux pour eux, si certains veulent travailler tant mieux pour eux. Ce n’est pas parce qu’on a été champion du monde, qu’on n’a pas le droit de travailler. Au contraire cela montre aux gens qu’on peut faire autre chose que le foot et qu’on peut travailler à l’extérieur. Souvent les gens se disent qu’un footballeur peut, mais ne sait rien faire d’autre que le foot. Je pars du principe que chacun fait ce qu’il veut et ce dont il a envie. Je ne regarde pas ce que font les autres, cela ne m’intéresse pas.

Vous avez tout de même été aux Assedic…

(Agacé) Mais non… Comme tout le monde, après l’arrêt d’une carrière on a le droit aux Assedic au nom de notre reconversion. Je n’ai pas eu de problèmes d’argent. Après l’arrêt précipité pour cause de blessure, on a le droit de toucher les Assedic, donc j’en ai profité mais comme tout le monde. Je n’ai pas eu de souci d’argent majeur.

L’anonymat n’est donc pas synonyme d’échec pour une reconversion ?

Absolument pas, loin de là même.

Aujourd’hui vous êtes un homme heureux ?

Je suis très heureux dans ce que je peux faire.

Avez-vous eu des sollicitations pour votre après-carrière ?

Cela fait maintenant plus de neuf ans que je suis consultant Canal, donc j’ai toujours un pied dans le milieu professionnel. Mais aussi un pied dans le monde amateur. Je crois que j’ai une vie aujourd’hui où je prends énormément de plaisir à faire ce que je fais. C’est bien aussi d’avoir gardé un pied dans le domaine professionnel car on ne sait pas de quoi l’avenir peut être fait.

Donc vous ne diriez pas non à une proposition dans le football professionnel ?

Ah mais bien sûr, je suis bien implanté, mais je suis ouvert à toutes propositions si l’occasion se présente.

L’arrêt de carrière n’a finalement pas été un soulagement au vu de la pression, des médias ?

Non, je souhaite avoir une pression, être observé, jugé au quotidien… au contraire ça me manque ce genre de situation, car c’est ce qui fait avancer. Si on a des concurrents, une pression au quotidien, je pense que ça permet de se remettre en question, de progresser et de continuer à avancer. C’est un manque aujourd’hui. Ce qui me manque le plus c’est de pouvoir toucher un ballon. Cela a été ma passion dès l’âge de six ans jusqu’à 31 ans. C’est un métier extraordinaire, où tous les matins on prend son sac et on va courir… Aujourd’hui, j’ai repris le football dans la ville de Tregunc. C’est un objectif intéressant de faire progresser un club.

Les joueurs d’aujourd’hui sont-ils bien aidés pour gérer leur reconversion ?

Les clubs sont quand même mieux structurés aujourd’hui pour s’isoler dans les études, chose qui n’existait pas avant. Maintenant les profs se déplacent, donc cela permet aux joueurs d’aller jusqu’au bac pour pouvoir enchaîner sur autre chose. Mais aujourd’hui, ils font au maximum trois épreuves de cours, donc c’est difficile à ce rythme de préparer l’avenir et la reconversion des joueurs. C’est aussi à eux de se prendre en mains. De nos jours, beaucoup d’entre eux sont assistés, et au moment où ils se retrouvent seuls, ils sont plus en difficulté. C’est à chacun de chercher sa voie et de savoir ce qu’il a envie de faire réellement.

Quels conseils pourriez-vous leur donner ?

C’est d’essayer de faire ce qui leur plait, de passer des diplômes d’entraîneurs s’ils ont envie de le devenir quand ils sont encore dans les clubs, parce qu’ils ont pas mal d’après-midi de libre, ce qui leur permettrait d’assister aux cours d’un côté et de suivre une formation de l’autre.

Est-ce quelque chose que vous avez fait durant votre carrière ?

J’ai passé le premier degré du diplôme d’entraîneur. Maintenant, si j’ai envie d’enchaîner je n’ai plus qu’à y aller… Après… c’est à chacun de faire ce qu’il a envie.

Si au début de votre carrière on vous avait dit que vous seriez champion du monde, puis vendeur de piscine, l’auriez vous cru ?

Mais cela vous choque que je sois vendeur de piscine ? Moi je vous le dis, les gens pensent ce qu’ils veulent. J’ai tout connu dans ma carrière : le championnat de National, la Ligue 2, la Ligue 1. Je suis arrivé à Auxerre je ne jouais pas. Je suis champion du monde deux ans après en me relançant à Rennes et en revenant à Auxerre. Je suis à Newcastle, il y a des changements d’entraîneurs… Le but du jeu, c’est de toujours revenir, c’est la force de caractère, de relever la tête, même dans les moments difficiles. En 95/96 quand je ne joue pas à Auxerre, je me dis que je vais aller en Ligue 2 ou ceci cela. Non ! Au final je suis meilleur buteur à Rennes et à Auxerre et je finis par jouer la Coupe du monde. Cela veut dire qu’il y a une force qui se dégage. Que je sois vendeur de piscine ou que je fasse autre chose cela ne me dérange pas. Je suis issu d’une famille où mon père a travaillé à l’usine, mon frère aussi. Donc je connais la difficulté vis-à-vis de ma famille. Je sais d’où je viens.

La critique sur la reconversion des footballeurs est facile en France ?

C’est tellement facile de critiquer. Ces gens-là sont généralement des gens qui n’ont jamais joué ou qui ne font pas partie du milieu. Je pense qu’en étant joueur, chacun est assez grand pour faire son auto-critique et faire ce qu’il a envie de sa vie. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui on attend tellement des joueurs. Il y a l’aspect financier qui rentre en compte parce que les gens sont très déçus de voir ce que gagnent les joueurs aujourd’hui notamment en équipe de France depuis quelques années. Évidemment cela écoeure les gens. Il n’y a qu’à regarder au niveau de la fédération ou des clubs, il y a beaucoup moins de joueurs dans le staff. Et puis l’image qu’on véhicule aujourd’hui n’est pas bonne non plus. Mais il faut avoir connu le football pour pouvoir s’exprimer pleinement là-dessus.

Stéphane Guivarc’h ©Sabrina Lambletin

Stéphane Guivarc’h ©Sabrina Lambletin

Ezequiel Lavezzi

Posted by Surface On janvier - 23 - 2013

Première recrue estivale de paris avant Zlatan, Thiago Silva, et les autres, Ezequiel Lavezzi est une star, parmi les stars du PSG, qui compte bien écrire la nouvelle ère clinquante du club en lettres d’or. Pour celui qui joue comme un artiste et vit comme une rock star, le défi du club de la capitale semble parfaitement lui convenir. Tatouages, grinta, la recrue la plus en vue de paris ne sera peut-être pas celle qu’on croit…

Grand soleil, calme plat, et voitures de luxe qui brillent. En arrivant au Camp des Loges, l’ambiance semble contraster avec le début de saison poussif du PSG et son mercato estival hyper actif. En apparence. Car au moment de franchir l’entrée du centre d’entraînement du club parisien – seule trace encore visible de l’avant PSG version Qatarie – un vigile du club se présente à nous. Finis les survêtements du club. Désormais, c’est costard-cravate et tolérance zéro. Nous sommes huit au total pour réaliser cette couverture. « On m’a dit trois personnes maximum » rétorque froidement l’homme de la sécu. La situation fait limite penser à une entrée en boite de nuit. Après quelques négociations, toute l’équipe finit par entrer. Désormais, pour approcher le PSG, sorte de nouveau Pentagone français, il faut montrer patte blanche et presque y laisser son empreinte digitale. Situation démesurée pour certains, étape évidente pour d’autres. En même temps, avec Ibra, Thiago Silva et Lavezzi, le club de la Capitale semble posséder des armes de destruction massive pour atteindre ses objectifs. Sur le chemin de la salle d’interview, on aperçoit au loin les stars du PSG – dont Lavezzi, notre cible – à l’abri des regards indiscrets, s’entraînant dans le calme comme s’ils préparaient un gros coup. Après plusieurs minutes d’installation et d’attente, « El Pocho » se présente à nous, avec ses lunettes de soleil et ses onze tatouages pour une de ses rares interviews avec un média français. Dans un entretien qui devait être chronométré, le néo parisien prendra le temps de répondre à nos questions en dévoilant de nombreux traits de caractère. Diva, fêtard, passionné, ou encore modeste. Lavezzi est une star complète.

Avec tous ces grands noms dans l’effectif du PSG, le club à des allures de groupe de Rock. Tu fais partie des rock stars de l’équipe…

(Il sourit malicieusement) Je ne sais pas si on est des rock stars, ça c’est vous qui le dites (les journalistes, ndlr). En ce qui me concerne, j’ai pour mission de seulement bien jouer au football. Ce terme de rock stars, il vient uniquement de vous. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a tellement de business autour du football, qu’on dépasse le simple cadre du footballeur. Nous ne sommes plus considérés comme de simples sportifs. Cela ne me dérange pas du tout, car de toute façon, on ne peut pas y faire grand chose. Le football, c’est devenu bien plus qu’un simple ballon.

À Naples, tu étais une véritable rock star, avec tout une ville derrière toi, dans un pays à la culture foot prononcée. Comment vis-tu la situation en France, où la passion y est moins forte ?

Je le vis assez bien. C’est vrai qu’à Naples, toute la ville était derrière le club, 24h/24h, 7 jours sur 7, avec une vraie passion. Les supporters nous arrêtaient dans la rue pour nous parle du match, nous mettre une certaine pression. Ici à Paris, on a une vie beaucoup plus simple. Quand je marche dans la rue, c’est beaucoup plus paisible. Pour ce qui est du shopping, je n’ai pas encore fait de repérages, mais je sais où se trouvent les bons magasins et je ferai bientôt une descente (rires) parce qu’en Italie, je n’ai jamais pu faire les magasins tranquillement. Quand je sortais, les gens venaient tout le temps me parler. Il était tout simplement impossible de sortir de chez moi. (Un jour le trafic dans Naples est même resté bloqué à cause du nombre de fans qui suivaient Lavezzi dans les magasins. La Police a du intervenir pour protéger le joueur et rétablir l’ordre, ndlr).

Quand on a vécu de telles ambiances au stade San Paolo de Naples, comment trouve-t-on l’ambiance en Ligue 1 ?

C’est clairement différent. Je l’ai toujours dit. Quand je jouais à San Paolo, c’est le stade qui ressemblait le plus aux ambiances qu’il y a dans les stades en Argentine. Mais la sensation que j’ai lorsque je joue au Parc est vraiment très très belle. L’atmosphère du Parc est vraiment exceptionnelle. Quand j’ai joué pour la première fois dans ce stade, j’ai vraiment aimé l’ambiance. Elle était encore meilleure que ce qu’on m’en a dit, avant que j’arrive à Paris. La ferveur du stade me pousse à donner le meilleur de moi-même. Et puis je préfère jouer dans un stade avec beaucoup d’ambiance, plutôt qu’un stade silencieux. Et je préfère quand un stade pousse toute l’équipe plutôt que lorsqu’il crie mon nom.

Zlatan Ibrahimovic s’est un jour comparé à une Ferrari. Toi, quel type de voiture es-tu ?

Je ne sais pas quel type de voiture je suis, et je m’en moque un peu. Mais je sais qu’à chaque fois que je suis sur le terrain, je joue en donnant le maximum. Donc je ne jouerai pas à ce petit jeu des comparaisons de voitures parce que ce n’est pas ma façon d’être. Et puis de toute façons, il vaut mieux laisser aux journalistes le choix de dire à quel type de voitures ils ont affaire. Parce que quand ça va bien, on peut être une Ferrari, mais quand ça va mal, on devient vite une voiture d’occasion, voire une sous marque.

Quels types de rapports as-tu avec les journalistes ?

(Il fronce les sourcils) Je n’aime pas beaucoup parler à la presse. Je ne lis pas les journaux, je ne regarde pas la télévision. Je préfère laisser cela de côté. Je joue au football, et si les journalistes doivent me critiquer ou m’encenser, qu’ils le fassent.

Quelle sera la première chose que tu feras quand tu auras le temps à Paris ?

Pour l’instant, je ne sais pas trop, je ne programme pas les choses à l’avance, je fais ce que j’ai envie de faire quand l’envie m’en prend. C’est comme pour le football, je fais tout à l’instinct, ma vie est faite comme cela.

Donc qu’aimes-tu faire d’autre dans la vie ?

J’aime bien profiter des choses simples, aller manger avec mes proches. Le foot me permet de faire beaucoup de choses. J’en profite au maximum (rires). Pour l’instant à Paris, tout est nouveau pour moi . Je viens à peine de trouver une maison, et je commence seulement à m’installer, à découvrir la ville. Au fur et à mesure, je vais m’adapter et me faire au rythme de la vie française. Je pense que Paris est une ville où l’on peut vraiment s’amuser. J’aime énormément de choses (sourire)…

Tu es bon vivant. N’as-tu pas peur de succomber aux sirènes de Paris, des boites de nuits et ses jolies filles ?

Si j’ai la possibilité de faire la fête, il n’y a pas de souci, je la ferai. Je fais toujours ce que j’ai envie de faire et j’aime bien m’amuser (rires).

Que connaissais-tu de la Ligue 1 avant d’y jouer ?

En réalité pas grand chose, car à l’étranger, la Ligue 1 n’est pas un championnat à forte visibilité. Les chaînes de télévision étrangères ne retransmettent pas tous les matches, donc je n’ai pas vu énormément de rencontres du championnat de France. Depuis que je suis arrivé, avec tous les autres grands noms, cela a évidemment changé. Désormais, on parle beaucoup plus du PSG.

[...]

Le PSG ne va-t-il pas trop vite dans sa conquête de titre ?

Non, c’est nécessaire de faire ces changements. Si le club veut devenir un grand club mondial, il doit changer et tout faire pour évoluer, changer de dimension. Manchester City et Chelsea l’ont bien fait auparavant en recrutant de bons joueurs à chaque mercato.

Le projet du club n’est-il pas trop ambitieux tout de même ?

Non, ce n’est pas trop ambitieux. On va s’améliorer chaque jour, peaufiner notre jeu et les bons résultats vont nous permettre de faire une bonne saison. Quand on veut gagner, qu’on a plusieurs objectifs, il faut évidement être ambitieux. Pour progresser, grandir, évoluer, c’est nécessaire.

Quand penses-tu le PSG capable de remporter la Ligue des Champions ?

(Il réfléchit) Je ne sais pas. Mais ce dont je suis sûr, c’est que c’est la volonté de toute l’équipe. Pour cela, il faut d’abord remporter nos matches le week end. C’est à partir de là que le club commencera à gagner. Il faut y aller étape par étape.

Ce PSG est-il la meilleure équipe dans laquelle tu aies jamais joué ?

Quand on voit les grands noms qu’il y a dans l’équipe oui. Sur le papier, il n’y a pas de soucis. Mais pour l’instant, tout est encore frais. En termes de jeu, ce n’est pas encore cela, il y  a encore des approximations, car on apprend chaque jour à se connaître. Mais si tu reviens la saison prochaine, je te dirai sûrement oui (très détendu).

Ezequiel Lavezzi ©Vivien Lavau

Ezequiel Lavezzi ©Vivien Lavau

Ezequiel Lavezzi ©Vivien Lavau

Ezequiel Lavezzi ©Vivien Lavau

Jonathan Zebina

Posted by Surface On janvier - 23 - 2013

De la Roma à Toulouse, en passant par la Juventus et les bleus, Jonathan Zebina a connu toutes les émotions que peuvent procurer le football professionnel. Si aujourd’hui il profite d’une certaine tranquillité en Ligue 1, malgré des interrogations sur son retour en France, il revient sur ses années italiennes et les moments difficiles de 2006 et en profite aussi pour briser plusieurs tabous.

Pour être honnête, on s’attendait à tout, sauf à voir Jonathan Zebina débarquer en VélôToulouse (le Vélib’ toulousain) au rendez-vous qu’il nous a lui-même proposé place du Capitole à Toulouse, « pour boire un coup » après l’état des lieux de son nouvel appartement dans la ville rose. C’est donc comme cela, que l’ancien joueur passé notamment par la Roma et la Juve se présente aux médias : lunettes de soleil, t-shirt blanc et Vélib’ donc. Une façon de faire qui n’est pas sans rappeler une certaine classe à l’italienne et la décontraction qui va avec. Comme quoi, les footballeurs d’aujourd’hui ne se promènent pas tous dans de grosses berlines. Mais Jonathan Zebina fait partie des exceptions car il est rempli de contradictions, aussi bien dans le football que dans la vie. Retour sur une carrière faite de hauts et de bas, mais aussi de titres.

Capello est un homme qui a beaucoup compté pour toi. Quels étaient vos rapports ?

Je ne crois pas qu’on puisse parler d’amitié, mais c’était particulier parce qu’il avait énormément confiance en moi. J’avais 21 ans lorsque je suis arrivé à Rome, et il m’a tout de suite montré sa confiance. D’autant plus que dans l’équipe il y avait Aldair, qui arrivait en fin de carrière mais qui était un monument à l’époque. Capello m’a fait jouer à sa place tout de suite. Pourtant, la première année où on a gagné le titre, il y a quand même eu des matches où c’était compliqué, mais il m’a toujours fait jouer. Et depuis, on est restés six ans ensemble, de la Roma à la Juve. Avec lui, il y avait ce rapport de confiance mais aussi de grande exigence. Il savait quels étaient mes qualités et mes défauts. À partir de là, il était très, très exigeant envers moi. Mais c’était quelque chose qui me convenait. Il reste une personne à part dans le football international, car c’est l’un des entraîneurs les plus capés au monde. C’est une tronche et quand les supporters le croisent, ils sont très intimidés. Avec lui, j’ai tout de suite été plongé dans le grand bain. Capello est l’un des éléments fondamentaux de ma carrière en Italie. S’il n’avait pas été là, j’aurais pu partir en Angleterre.

Tu as quasiment toujours respecté tes contrats mais tu as aussi joué dans beaucoup de clubs. Un mélange de fidélité et d’instabilité. Comment analyses-tu ce paradoxe ?

Je pense que le plus gros paradoxe, c’est l’équipe de France : c’est zéro, un bilan catastrophique. Les gens n’ont jamais vraiment compris cela et lorsque je suis revenu en France, j’ai vécu le paradoxe du joueur à la grosse carrière, et qui se retrouve à Brest. On aurait été beaucoup moins surpris si j’étais arrivé à Toulouse, Saint-Étienne ou Lyon, comme font tous les internationaux. Le problème c’est qu’à l’époque de mes blessures, j’ai loupé le mondial 2006 parce que je suis parti me faire opérer. Et quelque part c’est quelque chose qui diminue ta carrière. Mais quand tu regardes les clubs où j’ai joué comme la Roma ou la Juve, les gens n’arrivent pas à comprendre pourquoi je n’ai eu qu’une seule sélection internationale. L’équipe de France est mon plus grand regret. Pas la sélection en elle-même, mais cette non continuité physique qui a fait que ma carrière a été diminuée.

D’autant plus qu’à l’époque, c’est Chimbonda qui est sélectionné, une surprise pour tout le monde…

Oui, il sort de nulle part, il a fait l’équipe de France puis il n’est plus jamais revenu. Mais bon, c’était écrit comme ça.

Si tu n’avais pas été blessé, penses-tu que ta carrière aurait été différente ?

C’est sûr. J’ai toujours été au niveau des défenseurs, à part la grosse équipe Thuram/Desailly, parce qu’eux, c’était un autre niveau. Mais sinon, je ne me suis jamais senti inférieur à personne. Je jouais à la Juve et à l’époque c’était quand même quelque chose. D’un point de vue personnel, je pense que cela aurait été mérité et m’aurait fait beaucoup de bien. Mais il y a des choses inexplicables dans la vie. En 2006, on me fait clairement comprendre que si je suis apte physiquement, j’irai au Mondial. Et cette année là, j’ai une pubalgie, je ne me suis pas fait opérer avant parce que j’ai fait confiance au docteur de la Juve qui est une moitié de charlatan, donc je rate la Coupe du monde pour ça. En plus en 2006, c’est l’Italie qui gagne. Tu te rends compte de ce que j’ai vécu ? J’étais devant mon canapé et à chaque fois que la France passait un tour j’étais content et déçu à la fois car je me disais : « regarde ce que tu es en train de louper ». Là je te jure que si on avait été champion du monde je ne m’en serai jamais remis. Je ne vais pas dire merci Zizou mais presque (rires).

As-tu discuté de cette période avec Lilian Thuram ?

Lilian c’est un très bon… (il se reprend). Moi j’arrivais avec ces joueurs, il y avait un grand écart au niveau de l’âge. On rigolait beaucoup mais on n’était pas du tout sur les mêmes sujets ni sur la même longueur d’onde. Lilian c’est quelqu’un que j’apprécie, mais on parlait surtout football ou de choses assez légères.

L’Italie t’a fait grandir sur le plan sportif. Est-ce pareil du point de vue humain ?

Ça c’est sûr, parce que j’ai traversé des moments vraiment compliqués. Je me suis aussi rendu compte de mon caractère, parce qu’au début tu te dis : « Lui il est bizarre, l’autre il est comme ça… » Et quand tu commences à grandir, si tu as un minimum d’autocritique tu peux corriger certaines choses. Cela dépend des gens, mais je suis en général très gentil, très poli voire un peu trop…

Qu’entends tu par « trop poli » ?

C’est mon premier entraîneur quand j’étais à Cagliari (Giampero Venturai), celui qui m’a lancé dans le grand bain qui m’a fait cette remarque. Cette année-là, on a fait une année fantastique mais la saison suivante s’est mal passée et le coach s’est fait limoger. Avant de partir, en rentrant dans sa voiture, il me dit : « Jonathan, n’oublie jamais que la bonne éducation dans le football, ça ne marche pas. » C’est la vérité. Dans le football tu as deux parties : le terrain et le business où tu dois être intraitable. Ce sont deux choses tellement différentes, que de temps en temps tout se mélange et tu t’embrouilles, il y a beaucoup d’amalgames et à un âge où tu es jeune, c’est là que tu peux faire tes plus grosses erreurs. C’est pour ça que je me suis calmé car à un moment, on disait que j’avais deux personnalités, une très agressive sur le terrain et une très calme en dehors.

Avec ton statut de capitaine et ton caractère perfectionniste, ressens-tu une certaine pression à Toulouse ?

Je crois qu’il n’y pas plus grosse pression que celle que je peux moi-même m’infliger. Ce matin on faisait un jeu de conservation et je rate une passe à 20m. Je me suis énervé parce que c’était quelque chose de simple normalement. Et puis maintenant les jeunes d’aujourd’hui, il leur faut beaucoup plus qu’une carrière comme la mienne pour les impressionner. Entre les jeunes, c’est une compétition permanente. Grosso Modo c’est : « dis moi ce que tu as gagné et je te dirais qui tu es. »

Qu’attends-tu de cette expérience au TFC ?

Je ne sais pas, c’est l’avenir qui me le dira. Continuer à avancer et même à progresser, car d’un point de vue technique et tactique, tu peux toujours progresser.

Pourquoi être revenu France ? Était-ce quelque chose de prémédité ?

Non. Je sortais d’une période très compliquée avec la Juve, où …(il réfléchit) Bref, tu as Trezeguet, champion du Monde et d’Europe qui termine chez un promu espagnol (Hercules Alicante), Camoranesi, champion du Monde deux ans avant qui finit dans un club en Allemagne en ayant du mal. Alors je ne sais pas s’il y a un mécanisme qui s’est enclenché, mais le club avait été clair et voulait absolument se séparer de certaines personnes, de son passé tout simplement, et au dernier moment, je suis le 31 août, à minuit, à Brescia. J’ai eu peur parce que j’ai failli finir sans club. Et là, l’année se passe super bien d’un point de vue individuel, sauf qu’on descend en D2. Et après ce que j’avais vécu durant le dernier mercato, je me rends compte qu’il y a un changement complet par rapport à ce que j’avais connu et à ce que je suis en train de vivre. Je me suis dit qu’il fallait peut-être relancer la machine et montrer à tout le monde que j’étais là, une nouvelle fois. Donc n’importe quel club aurait été un bon club. Et là, Brest m’appelle. Je remercie la Bretagne et ses supporters parce que j’ai vécu de très belles choses. Chaque week-end, cela a été super.

L’écart n’est-il pas trop grand entre la Juventus, Brest et Toulouse ?

Disons qu’il n’y a pas de joueur qui a eu la carrière que j’ai eu en Italie, avec cette expérience et qui arrive dans un club aussi bas. Donc quoi que tu dises, dans la tête des gens, cela ne passe pas.

Ne serait-ce pas une seconde jeunesse ?

Peut-être, sans doute même. Je me dis que c’était l’occasion aussi de démontrer à tout le monde que j’avais le niveau pour le faire. Et aujourd’hui, quand je vois ce qu’on dit sur moi : un joueur atypique qui a eu une grande carrière mais pas beaucoup de sélections… À chaque fois que je lis des articles, je vois qu’on se pose des questions sur moi vis-à-vis de ce paradoxe, et c’est le plus grand compliment qu’on puisse me faire.

Aujourd’hui, comment te sens-tu ?

Aujourd’hui, ça va. Je me bats avec mes petits démons, mais j’ai ma petite vie tranquille. Je commence à penser à une vie de famille, et avoir des enfants un jour, je pense que cela aussi m’apaisera beaucoup. Ça ne m’empêchera pas de toujours vouloir gagner, mais j’attends ce moment avec impatience.

Jonathan Zebina ©Vivien Lavau

Jonathan Zebina ©Vivien Lavau

Jonathan Zebina ©Vivien Lavau

Thierry Dusautoir

Posted by Surface On janvier - 23 - 2013

“The dark destroyer”. C’est le surnom donné par la presse à la terreur du rugby mondial Thierry Dusautoir. Son agressivité et sa férocité sur le terrain n’ont d’égales que sa simplicité et sa timidité à la vie. Un mec bien qui conjugue à merveille exigence et excellence. Elu meilleur joueur du monde après la coupe du monde 2011, capitaine du xv de France, cette machine à plaquer revient sur son parcours riche et atypique.

1,88m pour 100 kg de muscles. Difficile d’y voir autre chose qu’une brute épaisse, un digne héritier de Chabal. C’est pourtant un homme à la tête pleine qui se présente à nous, en témoigne son diplôme d’ingénieur en chimie matériaux. Ribéry n’a qu’à bien se tenir.

Tu as obtenu ton diplôme d’ingénieur parallèlement à ton arrivée dans le monde professionnel du rugby. Pensais-tu à ta reconversion ?

Oui. Quand j’ai commencé mes études, je n’avais pas l’objectif de devenir professionnel de rugby. Je ne voulais vraiment pas lâcher mes études. Pour faire une carrière de sportif, il faut avoir de la chance. Il faut réussir et ne pas se blesser. Obtenir mon diplôme était une sécurité. Aujourd’hui, je ne sais pas si je vais travailler comme ingénieur après ma carrière. J’ai mon entreprise MS innovations, une entreprise spécialisée dans la téléphonie mobile. Ce n’était pas mon domaine de prédilection mais j’aime apprendre.

Le fait d’être métisse est-il un moteur pour toi ?

Non. J’ai des ambitions propres qui me donnent envie de progresser et de franchir des étapes mais ma couleur de peau n’a jamais été un moteur. Le fait d’avoir un père blanc et une mère noire a toujours été quelque chose de naturel, que je n’ai jamais eu à justifier.

As-tu souffert de moqueries ou de discrimination en arrivant en France ?

Des moqueries, à cause de mon accent qui était différent des autres. Ça m’a rendu très timide et je me suis un peu replié sur moi-même pendant l’enfance. J’ai vécu une enfance un peu compliquée. Il a fallu que je change mes habitudes…

Comment expliques-tu qu’il y ait encore aujourd’hui une aussi faible présence de joueurs de rugby de couleur en France ?

Je pense qu’il y en a de plus en plus. Si tu regardes les équipes françaises, elles se composent de plus en plus de gens issus de partout. Le fait que le rugby s’ouvre à d’autres régions que le sud-ouest et qu’il commence à intéresser Paris et le nord de la France, attire différentes couches de la population. Ce sport est en plein développement et intéresse de plus en plus de gens. Ce n’est plus un sport de village. Depuis la Coupe du monde 2011, il y a une recrudescence des licences en banlieue. Il y a des jeunes qui s’identifient de plus en plus à nous, même si le foot reste le sport le plus populaire. C’est un sport compliqué, qui se mérite, parce que les règles ne sont pas simples, mais avec lequel tu prends rapidement du plaisir. Si tu regardes dans les centres de formation et dans les pôles espoirs, il y a beaucoup de joueurs de couleur. Après, ils ne passent pas tous le cap du professionnalisme.

Avant le rugby, tu “performais” dans le judo. Pourquoi avoir choisi le rugby finalement ?

J’ai commencé le judo à 4 ans et j’ai arrêté à 17 ans. J’ai grandi avec le judo parce que j’étais un peu turbulent étant petit. Mes parents m’y ont mis pour que je me calme. Ça a forgé ma personnalité avec des valeurs comme la discipline et le respect. Le rugby, j’y suis arrivé par mes potes. À force de se raconter les histoires des matches du week-end, ça m’a donné envie. Le côté chaleureux et convivial m’a tout de suite séduit. Je m’y suis retrouvé parce que c’était aussi un sport de combat où il fallait toujours trouver l’équilibre entre l’agressivité et la discipline. Le contrôle de soi n’est pas une chose facile. J’ai choisi le rugby parce que je faisais beaucoup de compétitions en judo et j’avais du mal à assumer la pression alors qu’au rugby c’était l’inverse. Ce sport m’a permis de relativiser.

Tu as déclaré : « sans le sport, j’aurais fait des bêtises ». Quel genre d’adolescence as-tu vécu ?

Je n’ai pas grandi dans les cités mais ma mère n’avait pas beaucoup d’argent. Quand tu es adolescent et que tu n’as pas beaucoup de sous, tu es tenté par le mauvais côté des choses. Mais j’étais bien cadré par ma mère. Le fait de faire du sport et de pouvoir relâcher toute mon agressivité m’a aussi aidé à rester dans le droit chemin. Ma mère m’a inculqué la notion du travail et du mérite. Si tu crois en toi et que tu bosses sérieusement, tu as de bonnes chances d’être récompensé.

Concernant le rugby, tu as été cinq fois champion de France (deux avec Biarritz et trois avec Toulouse). Quel est ton plus beau titre ?

C’est difficile. Celui de 2006 peut-être, où je jouais à Biarritz face au Stade Toulousain, le club où j’avais signé pour la saison à venir. On a gagné largement alors c’était une belle manière de quitter mon club. J’ai pu chambrer mes nouveaux coéquipiers en arrivant dans ma nouvelle équipe et ça m’a aidé à m’intégrer plus facilement.

Quelles sont tes responsabilités en tant que capitaine de l’équipe de France ?

Au sein de l’équipe, je suis le liant entre les joueurs et les entraîneurs. J’ai un rôle de transmission. Je remonte les informations des joueurs et j’aide à faire passer les messages du coach. C’est important de jauger la température du groupe pour procéder à des ajustements sur la préparation de l’équipe en fonction des matches. J’aide le groupe à bien fonctionner. Après, sur le terrain, c’est moi qui prends les décisions, en m’appuyant aussi sur certains coéquipiers. Depuis la dernière Coupe du monde, il y a de nouveaux joueurs, même si le groupe France a une bonne proportion de mondialistes. L’ambiance est bonne et on a moins de pression qu’à la dernière Coupe du monde.

Justement, que reste-t-il de cette finale de Coupe du monde perdue d’un seul point (7 à 8) face aux All Blacks, il y a un an ?

Pour moi, ça reste un bon souvenir. En 2007, c’était une Coupe du monde compliquée, en 2011 aussi. On avait beaucoup de pression mais on a réussi à faire plus que douter les All Blacks chez eux. Je retiens le réveil de l’équipe de France.

Est-ce-que le regard des joueurs sur toi a changé depuis que tu as été élu meilleur joueur du monde en 2011 ?

Non. Pour mes coéquipiers, ce sont les différentes campagnes faites ensemble, ce qu’ils ont vu de ma personnalité et mes capacités sur le terrain qui me vaut leur respect. Je sens surtout une attente particulière aujourd’hui de la part des médias et du public. Vis-à-vis des adversaires, ils me connaissent depuis longtemps, alors ce titre ne change pas la vision qu’ils ont de moi. En revanche, le public s’attend maintenant à ce que je fasse des exploits comme traverser tout le terrain avec le ballon. Mais c’est difficile.

Que se passe-t-il dans ta tête avant un placage ?

On pense souvent que le placage est une action individuelle alors que c’est une action collective. Ça dépend de la bonne organisation de l’équipe et du placement. Après, quand tu vois le mec arriver, qu’il te regarde dans les yeux, tu sais qu’il va y avoir un contact direct. Là, c’est toi ou lui. Donc tu mets tout pour qu’il ne passe pas.

Et la peur dans tout ça ?

Je dirais l’appréhension plutôt que la peur. Mais c’est vrai que parfois, il y a des gabarits impressionnants. Tu peux y penser avant le match mais une fois concentré, tu y penses beaucoup moins.

Sur quels plans peux-tu encore progresser ?

Ma technique individuelle ! J’aimerais être encore plus présent offensivement tout en gardant mes performances défensives.

Est-ce-que ça fait plaisir d’avoir été élu le sportif le plus sexy par la rédaction de L’Équipe ?

(Rires) Oui. Après, je me suis fait pas mal chambrer quand même. Depuis, on m’a fait quelques cicatrices supplémentaires. Je ne sais pas si l’année prochaine je le serai encore. C’est sympa mais c’est un sujet pour que mes coéquipiers me chambrent.

Regrettes-tu que le rugby ne soit pas une discipline olympique ?

Le rugby à 7 sera aux prochains J.O mais pas celui à XV. C’est sûr, ça aurait été génial mais on a beaucoup de difficultés à gérer le championnat, la Coupe d’Europe et les matches internationaux… Alors s’il y avait les J.O en plus, ça serait compliqué. Même si sportivement, ça doit être fabuleux.

Thierry Dusautoir ©Vivien Lavau

Thierry Dusautoir ©Vivien Lavau