En 1998, Emmanuel Petit, le milieu de terrain à la queue de cheval légendaire, inscrivait le dernier but de la victoire de la France en finale de Coupe du monde. Une dizaine d’années plus tard, l’ancien footballeur a changé de coupe de cheveux et officie désormais comme consultant pour L’Équipe TV. Sans rien avoir perdu de sa verve.
COMMENT VIS-TU TON IMAGE MÉDIATIQUE DE REBELLE ?
Si je réponds « Je m’en fous », on va encore dire que je suis rebelle (rires). Je ne comprends pas cette image qui me colle à la peau. Je n’ai pas l’impression de dire des énormités, j’essaie toujours d’argumenter. Après, ce qui est vrai, c’est que le monde du football est très aseptisé et la loi du silence y règne. J’essaie d’avoir du recul, je m’abstiens par exemple de lire la presse sportive pour garder mon indépendance. Je ne suis pas de ceux qui tirent sur l’ambulance mais je ne suis pas non plus quelqu’un qui brosse dans le sens du poil. C’est important de dénoncer certaines choses pour préserver notre sport. Mais je m’autocensure parce que je n’ai pas envie de me retrouver comme Glassmann (le joueur de Valenciennes qui a fait des révélations sur l’affaire VA-OM, ndlr) sur l’île de la Réunion.
D’OÙ VIENT CETTE RÉPUTATION SELON TOI ?
Elle date du début de ma carrière (rires) ! A 18 ans, je jouais à Monaco. La presse s’intéressait à moi en raison du caractère fulgurant de mon ascension : j’étais le seul joueur de ma génération en équipe de France. C’était l’époque de Tapie et compagnie, et je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de corruption dans le foot. C’était une grosse désillusion pour le naïf que j’étais et à l’époque, j’avais dit que sur une course de 100 mètres, l’OM n’avait que 80 mètres à courir. Dès le départ, on m’a collé cette étiquette de rebelle. Beaucoup de journaux étaient au courant de cette corruption mais personne ne disait rien. Et moi, j’ai jeté un pavé dans la mare. Tout le monde s’est retourné contre moi. Pourtant, quelques années plus tard, des sanctions pénales ont été prises.
IL Y A AUSSI EU TES DÉCLARATIONS SUR ZIDANE DANS TON LIVRE…
Oui mais elles ont été sorties de leur contexte. Quand je relis les lignes que j’ai écrites sur Zidane, je continue de penser qu’il n’y a rien de discriminatoire ou d’irrévérencieux. Je veux bien qu’il se soit vexé mais quand tu prends 14 cartons rouges en tant que meneur de jeu, il faut arrêter de passer l’éponge ! Mon image de rebelle est problématique. Pour l’instant, je n’ai pas envie d’occuper un poste dans un club. Mais si c’était le cas, encore faudrait-il qu’on me le propose ! C’est compliqué à cause de cette réputation. Si je dis la même phrase qu’un collègue, on va l’interpréter différemment. C’est comme ça, c’est le système des étiquettes !
POURQUOI ÊTRE DEVENU CONSULTANT ALORS QUE TU CRITIQUES LES MEDIAS ?
J’assume le côté cynique de cette démarche. Pendant longtemps, la presse m’utilisait parce que j’étais celui qui mettait des mots là où il y avait un silence. Avant, beaucoup me le reprochaient. Maintenant, on me paie pour
dire la même chose (rires). La boucle est bouclée ! Et puis, je suis toujours passionné par le football, j’ai mes diplômes pour travailler dans la gestion sportive d’un club. Mais ce métier de consultant est intéressant. C’est bien par exemple pour les entraîneurs qui se retrouvent au chômage. Travailler comme consultant leur donne la possibilité de garder un pied dans le milieu.
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Photos: Christophe Dugarry









