Mardi 30 Juin, c’est la date du lancement, en grandes pompes s’il vous plait, de la saison lensoise. Reprise de l’entraînement au stade Bollaert, présentation d’un nouvel (et inédit) équipementier et donc d’un nouveau maillot, et conférence de presse pour annoncer la couleur : les Sang et Or reviennent dans l’élite avec humilité et ambitions. Une opération de communication à la hauteur de l’évènement, Reebok vient de signer un juteux contrat de 5 ans avec le RC Lens, et rentre ainsi dans la grande famille du football français.
Le soleil frappe fort sur le chef lieu du Pas de Calais. Pas un nuage ne vient perturber cette journée qui mobilise toute une population, toute une région. Car, est-il encore la peine de le préciser, le football est ici au cœur de toutes les passions. Rares sont les villes où l’intérêt pour le club y est aussi prononcé et assumé. Pas besoin d’avoir les mirettes à l’affût pour s’en rendre compte. Sur le parvis de la gare de Lens, située à deux pas du stade Bollaert, le ton est donné. Un millier de tee-shirts et 150 maillots du club tout fraîchement imprimés aux couleurs du nouvel équipementier ont été disséminés à travers la ville. Cela donnait l’occasion d’assister à des scènes plutôt cocasses et réconfortantes de simplicité : des supporters sautant et utilisant divers ustensiles pour décrocher ces maillots avant de les enfiler fièrement. Cette étape passée, tous direction le stade Bollaert pour un entraînement ouvert au public.

La foule était au rendez-vous pour cette journée "portes ouvertes". Plus de 5000 supporters ont répondu à l'invitation pour l'entraînement public au stade Felix Bollaert
Reebok met le Paquet
La marque, rachetée par Adidas il y a maintenant 4 ans de cela, s’est offert pour la première fois un club de football français comme vitrine. Jusqu’alors, seuls les clubs de Cologne et de Bolton étaient affiliés avec la marque de l’antilope. Pas de plus belle occasion pour organiser une large opération de communication pour le lancement du nouveau maillot. Rabillés de la tête au pied jusqu’à fin 2014 minimum, le club Lensois met ainsi un point final à sa collaboration avec la marque à la petite virgule, qui l’accompagnait depuis huit saisons. « L’Histoire et les valeurs du club et de la marque sont en tout point similaires » constate Guillaume de Monplanet, directeur marketing de Reebok. Des valeurs familiales et conviviales, certes, mais ne doutons pas de l’aspect économique qui a dû contribuer, en grande partie, au rapprochement entre le Racing Club de Lens et Reebok. D’ailleurs, à l’ouverture de la nouvelle boutique installée à l’entrée du stade, c’est déjà l’émeute et aucun supporter ne partira sans son nouveau maillot (dont le prix est exceptionnellement fixé à 65 euros, le moins cher de France), sa paire de pantoufle ou même son petit calepin à l’effigie du club.

Le Maire de Lens, Guy Delcourt, le directeur Marketing de Reebok, Guillaume de Monplanet et l'ensemble de l'équipe du RC Lens sont réunis à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle boutique, Emotion foot.
Outre cette nouvelle collaboration, Reebok a fait, par la même, signé les joueurs Monnet-Paquet et Adil Hermach, tous deux respectivement jeunes internationaux français et marocains. Une nouvelle aventure pour cette marque qui s’engage donc sur le marché du football français après avoir frôlé la faillite dans les années 90.
Une rentrée sportive avant tout
Cette journée était aussi et surtout l’occasion d’afficher les ambitions pour une saison qui promet d’être capitale pour l’avenir du club. Après une saison passée dans l’antichambre du plus haut niveau national, le Président aussi passionné qu’atypique Gervais Martel, et l’entraîneur Jean Guy Walleme venaient s’entretenir avec la presse pour le lancement officiel de la saison lensoise 2009/2010. Gervais Martel , au club depuis 21 ans et « passionné de terrain » comme il se caractérise lui même ne cachait pas sa joie de retrouver ses joueurs et l’ensemble du staff après un mois de vacances. Il l’annonce d’emblée, cette année, compte tenu de la situation financière du club, affaiblie par sa descente en Ligue 2 et d’un large manque à gagner (qui se compte en millions d’euros), sera difficile même « si le club dispose de capitaux propres et d’actifs suffisant pour continuer à vivre ». D’un ton posé, il assure que « la politique du club est extrêmement claire : on a une trentaine de joueurs sous contrat, y compris les jeunes, qui vont participer, je l’espère, de manière active au niveau sportif, donc il n’y aura pas d’arrivées tant qu’il n’y aura pas de ventes ». Jean Guy Walleme le confirme, « la porte n’est fermée pour personne même si j’aspire à avoir un effectif équilibré. On est tributaire du marché actuel. C’est un métier délicat, certes j’aimerais garder certains joueurs sur qui je compte un peu plus mais on est obligé de faire en fonction de l’enjeu économique ».

Jean Guy Walleme observe ses hommes avec attention.
Il faudra donc dégraisser pour diminuer la masse salariale du club, étroitement contrôlée par la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion ). Aujourd’hui quinzième budget de Ligue 1 avec 40 millions d’euros, les fonds demeurent « extrêmement raisonnables » pour Gervais Martel mais il faut du temps pour se remettre d’une descente en Ligue 2. « Nous avions budgétisé, il y a deux ans, sur une 6ème place », imaginez donc le manque à gagner, qui explique la situation actuelle du club. Sur le départ, on parle dans les travées de notamment deux joueurs, Nenad Kovacevic et Aruna Dindane, qui reste cependant très attaché affectivement au club. Le cas des attaquants à Lens est épineux, « on a huit joueurs qui peuvent jouer à ce poste là, donc si un ou deux joueurs partent, on ne sera pas pris au dépourvu. On a reçu des offres mais cela ne nous convient pas » dixit avec naturel Gervais Martel. A ce propos, le président à la verve acerbe plaça un petit pic au football hexagonal, pointant du doigt « l’incapacité des clubs français à recruter en interne ». Pour Kevin Monnet-Paquet, attaquant français international espoir, « il y a beaucoup d’attaquants comme l’année dernière. On a un bel effectif, mais maintenant on sait tous que le mercato ne fait que commencer et on ne sait pas ce qu’il va se passer pour certains. Pour l’instant on travaille tous ensemble, et on espère faire une bonne année en Ligue 1. C’est vrai qu’il y a pas mal d’attaquants ici, donc il va falloir travailler et gagner sa place. Mais la concurrence fait avancer. De toute façon, dans ma tête je suis lensois à 100%».

Aruna Dindane annoncé sur le départ signe quelques othographes. Revenu d'une saison marquée par les blessures, Aruna Dindane est, selon son président, revenu à son meilleur niveau et nourrit de grandes ambitions à un an de la Coupe du monde.
Pas de modifications majeures donc au club Sang et Or outre trois arrivées officialisées dans la première partie du mercato : le défenseur centrale marocain Issam El Adouale, l’attaquant brésilien Eduardo en provenance de Guingamp et le gardien international tunisien Kasraoui. Dominique Cuperly, ancien adjoint d’Eric Gerets est lui aussi venu renforcer le staff lensois pour apporter son expérience du haut niveau. Cinq jeunes, entre 18 et 21 ans ont aussi signé au club, comme Steven Monrose, William Remy ou encore Samba Sow.

Les joueurs, après une heure et demi d'entraînement, rentrent aux vestiaires dans une ambiance détendue.
Humilité oui, mais pas de figuration
« On ne revient pas en Ligue 1 pour faire un petit tour et regarder ce qui va se passer. On privilégiera évidemment le côté sportif » assure Gervais Martel, mais il est conscient que ses joueurs devront faire face à « une année compliquée, on va donc faire preuve d’humilité, on va pas venir en Ligue 1 en faisant les gros bras. Mais on aborde cette saison plein de confiance, d’entrain, de détermination avec un grand plaisir de retrouver le haut niveau et le public ». Ce à quoi Jean Guy Walleme rétorque: « On est aussi ambitieux. C’est inimaginable le nombre de joueurs qui souhaitent venir jouer à Lens. Nous sommes attractifs, maintenant il faut attendre que la situation financière se décante », laissant présager ainsi d’éventuels renforts au cours du mois d’Août si le club parvenait à vendre certains de ses joueurs. Même discours pour les joueurs et notamment Kevin Monnet-Paquet, « on sait d’où l’on vient, et on n’a pas envie de revivre ça. On va essayer d’avoir de l’ambition tout en restant humble ».

Frédéric Mankowski, nouveau préparateur physique du RC Lens, prend en charge les Lensois à la fin de l'entraînement.
Donc pas question de déclarer qu’on joue le maintien, et cela méritait, lorsqu’on pose la question à Gervais Martel, une petite phrase bien sentie : « Guy Roux est parti depuis longtemps, lui aurait dit jouer le maintien ».
Les joueurs sont partis ce jeudi 2 juillet en stage au Touquet. Une nouvelle saison se profile, et la chaleur, l’engouement pour le club de Lens n’a pas vacillé. Plus de 5000 personnes étaient présentes à l’entraînement public, 19 000 abonnements et plus de 28 000 spectateurs en moyenne au Stade Bollaert pour une saison en Ligue 2, c’est un record, « du jamais vu » comme le souligne Kevin Monnet-Paquet. La ferveur populaire et l’esprit familial autour de ce club est toujours aussi fort, reste à savoir si cela suffira pour aborder sereinement la soirée du 8 Août, synonyme de retour officiel sur les terrains de Ligue 1. Le Racing, champion de Ligue 2, a rattrapé sa bourde, et tient en grippe l’exemple de Nantes et du Havre, qui ont fait la navette. Un club droit dans ses baskets, avec un éminent président respecté par ses pairs et un public entier et passionné. Autant de critères qui nous poussent à souhaiter bonne chance au RC Lens. Le grand rendez-vous est donc fixé : le 08 Août, 21 heures, à Chaban Delmas, pour une rencontre entre Champions.
Vincent Ricau