Qui connaissait Benjamin Corgnet il y a encore deux ans ? Sa famille, ses potes et ses camarades de BTS tout au mieux. Aujourd’hui, ses prestations en L1 attirent les convoitises de grands clubs européens. Mais pour en arriver là, il a privilégié un parcours singulier. Un triple bond qui l’a fait sortir de la CFA pour la Ligue 2 et enfin exploser dans l’élite. Pourtant, la belle histoire n’a pas fini d’être écrite pour le meneur de jeu de Dijon. Zoom sur un joueur qui a pris le temps de vivre et de devenir un homme avant de s’envoler…
Ce qui frappe chez Benjamin, c’est son parcours, sa simplicité et son naturel. Une tête bien faite et un petit style à faire tomber les midinettes, il se présente à nous au centre d’entraînement de Dijon. Loin de la pression des grands clubs, on comprend vite que l’agitation autour de sa personne ne lui fait pas tourner la tête. Si le dernier protégé de Bernès devrait connaître une belle carrière, il a d’abord préféré assurer ses arrières avant de croire en son étoile. Exemple parfait d’un joyau qui a su patienter pour mieux sauter.
Un profil hors norme
Il a très tôt le football en toile de fond, mais ne fait pas partie de ceux qui s’imaginent gagner des millions grâce au ballon rond. « Le seul métier qui m’intéressait étant jeune était celui de kinésithérapeute dans le milieu sportif. » Pragmatique, il se lance dans des études de médecine. Il échoue de peu en première année et poursuit avec une “prépa kiné” pour finalement passer un BTS Optique. Et c’est parallèlement à cette formation qu’il va passer les échelons à vitesse grand V et rattraper le temps perdu. Alors qu’il évolue en CFA, il est repéré sur le tard par Dijon, pensionnaire de Ligue 2. Pourtant, il ne se précipite pas sur l’opportunité de signer un contrat pro et préfère finir ses diplômes d’optique avant de se lancer dans le grand bain. « En décembre, Dijon m’a proposé un contrat qui commençait immédiatement. Je leur ai dit que je retardais de six mois. J’ai donc signé un protocole d’accord avec le club qui précisait que je signerai en juin chez eux lorsque mes examens seraient terminés. Il y avait le risque de me blesser en terminant ma saison en CFA mais ça me semblait indispensable d’avoir mon diplôme. » Ce dernier en poche, il signe pro. Immédiatement, il poursuit son ascension bien qu’il se surprenne à être titularisé. « Quand j’ai vu que le coach me faisait immédiatement confiance en me titularisant, je me suis dit que je pouvais continuer comme ça et pourquoi pas faire un beau truc. ça fait donc un an et demi que j’y crois. » Pour sa première saison, il emmène Dijon en L1 et figure au palmarès des meilleurs joueurs de L2. Cette année, il confirme qu’il a les épaules pour s’imposer dans l’élite. Après avoir enquillé huit buts dans la première moitié de saison, il attire le regard de quelques cylindrées européennes comme Arsenal : « C’est flatteur mais je suis quelqu’un qui a la tête sur les épaules et qui ne se met pas la pression. Il faut être conscient qu’il y a beaucoup d’amplification des journalistes comme des agents. Ça fait plaisir, tout le monde rêverait d’avoir son nom dans les journaux mais je ne changerai pas pour ça. » D’où vient cette prudence, là où d’autres céderaient aux vertiges d’une gloire certaine ? Timidité, modestie ou pragmatisme ? Il faut dire que tout s’éclaire lorsqu’on comprend que cela va très vite pour celui qui défie les lois de la formation footballistique. Il y a deux ans, il bachotait et vivait une vie de jeune comme les autres. Loin des centres de formation, il jouissait d’une vie étudiante, rythmée par les sorties et les fêtes. « Ça m’a permis d’avoir une adolescence normale. J’arrive facilement à ne plus la faire aujourd’hui car je suis conscient de l’importance de l’hygiène de vie. Je ne suis pas du tout tenté parce que je l’ai vécu avant. Ce qui n’est pas le cas des jeunes qui ne pensent qu’à ça. Ils sont dans les centres depuis qu’ils ont 13 ans. » Éviter les centres de formation a donc permis à Benjamin Corgnet de devenir un homme et d’avoir une tête bien pleine. Aujourd’hui, il se concentre d’autant plus sur sa carrière de joueur et sur sa vie de famille. Quand d’autres traînent les pieds à enchaîner les séances d’entraînements, lui y va avec une fraîcheur infantile. « D’être arrivé sur le tard me permet d’avoir la gnaque aux entraînements. Je ne suis pas dégoûté d’aller m’entraîner au contraire de certains joueurs qui sont soûlés d’y aller car ça fait dix ans qu’ils le font. Je fais même du “rab” devant le but. »
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